Après ses multiples séries très estimées, Rick Remender revient sur le devant de la scène comics avec un récit plus personnel, quelque chose qu'il est allé forer du côté de sa propre famille. Mêlant hommage et intrigue musclée, Escape nous catapulte sans parachute en pleine Seconde Guerre mondiale. Préparez-vous à dézinguer du boche.
Tout part d’un manque. D’une histoire hachurée par les conflits familiaux. Rick Remender n’a pas connu son grand-père. Tout ce qu’il sait à son sujet se résume en deux lignes : grand pilote / piètre père. En bon scénariste, il cherche à voir plus loin, au-delà des apparences, à disséquer en profondeur les cicatrices.
De ses travaux de recherche dans les méandres de sa propre lignée, il voit matière à histoire, un récit à restituer, un silence à combler. Les affres de la guerre ont sauté deux générations. Ce comics apparaît donc comme un travail de mémoire, une nécessité de rétablir la vérité. A savoir : les dommages collatéraux, les ricochets qu’induisent les traumas refoulés.
Pour un rapide résumé : Milton est bombardier. Après un accrochage à 20 000 lieues dans les airs, il s’écrase du côté des lignes ennemies. Son bataillon décimé, il ne peut compter que sur lui-même dans ce vaste chaos. Et il a intérêt à trouver fissa un moyen de s’enfuir, car il le sait : dans moins de 24 heures, son propre camp va larguer une énorme bombe destinée à finir le travail. Blessé, désarmé et traqué par les factions fascistes qui tiennent le pays d’une main de fer, Milton se bat pour s’échapper de ce merdier avant que la bombe ne tombe et n’efface tout... et tout le monde sans distinction. Tic-tac ! Tic-tac !
Le point fort de Remender réside évidemment dans sa propension à tailler de l’étoffe de héros en moins de temps qu’il en faut pour dire "Ouf !". Une simple ouverture dans la carlingue d’un bolide en plein assaut ennemi lui permet, en trois coups de cuillère à pot, d’écrire les rapports de force, les amitiés et les idéologies de tout un chacun.
A peine le chapitre entamé que nous sommes au cœur de l’action. L’auteur nous attrape et ne nous lâchera plus. Ce sentiment d’urgence palpite entre chaque case. Et pour peu que vous lisiez l’album avec l’OST de Dunkirk vissé entre les oreilles, vous voilà transporté sur le front. Alors faites votre paquetage, et fissa.
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