Le manga est encore en cours de parution, mais j'avoue que la direction qu'il prend à partir du tome 14 ne me plaît plus du tout.
À la base, l'heroic fantasy, et plus particulièrement les récits qui reprennent les codes de l'isekai, ce n'est vraiment pas mon truc. J'ai pourtant fait une exception pour Frieren, car son propos de départ m'intéressait : est-ce qu'une personne qui a une espérance de vie presque infinie peut réellement s'attacher aux autres ? Ou est-ce que le temps finit nécessairement par rendre toute chose insignifiante, au point de condamner celui qui vit trop longtemps à une forme de nihilisme ?
Et ce qui fait toute l'originalité de Frieren, c'est que le manga commence là où la plupart des récits de fantasy se terminent : après la victoire contre le roi des démons, une fois la quête accomplie et le monde sauvé. C'est comme si l'on commençait une histoire après en avoir déjà raconté une autre, dont on ne découvre que progressivement les souvenirs et les conséquences. Plutôt que de nous raconter comment des héros accomplissent leur destinée, le manga s'intéresse à ce qui vient après, à ce qu'il reste d'une aventure une fois qu'elle est terminée, et à la manière dont on apprend à donner du sens à ce que l'on a vécu.
Et le manga commence très bien. On comprend rapidement que l'intérêt du récit ne réside pas dans les combats grandiloquents ou les rebondissements à répétition, mais plutôt dans les relations entre les personnages, les souvenirs et ces petits moments du quotidien dont on ne mesure la valeur que trop tard.
Malheureusement, à partir du tome 9 ou 10, voire même avant, j'ai l'impression que le manga abandonne progressivement ce qui faisait sa singularité pour revenir aux codes les plus classiques du shōnen de fantasy : des combats toujours plus impressionnants, des affrontements à rallonge et des intrigues qui prennent de plus en plus de place.
C'est d'autant plus dommage que même le découpage participait à cette atmosphère contemplative. En dehors des scènes de combat, les pages adoptent très souvent une composition régulière, avec des cases plutôt carrées et une narration linéaire qui rappellent presque la bande dessinée franco-belge. Tout cela contribuait à donner au récit son rythme si particulier, sans chercher constamment à en mettre plein la vue.
Mais j'imagine que, pour une partie du public visé par le shōnen, cette lenteur et cette absence de rebondissements pouvaient finir par devenir lassantes. Le manga a donc peut-être ressenti le besoin de multiplier les affrontements et de développer davantage son intrigue pour maintenir l'intérêt des lecteurs.
C'est dommage, parce que j'ai le sentiment qu'en assumant pleinement son parti pris contemplatif et en visant un public plus mature, Frieren aurait pu devenir une très grande œuvre. Au lieu de cela, je trouve qu'il finit par ressembler à beaucoup d'autres mangas de fantasy, au point de perdre ce qui le rendait si particulier à mes yeux.
Je vais donc probablement m'arrêter là. C'est assez triste, car je pense sincèrement que le manga avait le potentiel de proposer quelque chose de bien plus singulier.