À nous – et tant pis – un beau style de dessin très lissé et soigné, les trames bourrées et usées de contours « cell shading », quelque part entre le Shônen et le Seinen. Un qui ne suggère trop rien ; ce qui est assurément pour le mieux, car cela m'épargne ainsi d'avoir à charger la mule plus que de raison.
Les cases, graphiquement, sont remplies de contorsions audacieuses, des poses travaillées et d'un sens du dynamisme des actions assez vivace de par le soin porté à la mise en scène. On est au moins intrigué jusqu’à ce qu’on devine que tout est ostensiblement pompé depuis Jujutsu Kaisen qu’on aurait trempé dans une cuve de My Hero Academia. À quoi bon tremper le cyanure dans l’arsenic puisque le premier comme le second se suffisent déjà à eux-mêmes pour nous enjoindre à nous en détourner ? J’imagine qu’on ne cumule jamais assez les excès de mauvais goût.
En outre, le dessin des visages, notamment masculins, est en revanche très décevant pour la plupart des portraits qui se succèdent, ne souffrant pas la comparaison avec le restant des esquisses.
Les premiers personnages entrent en scène et, avant qu'ils ne déclament une toute première tirade, signent cependant un crime que je ne sais que trop commun pour avoir écumé des théâtres d’atrocités similaires. Le voilà, le héros, épris de justice, pur et honnête, parfois ténébreux mais pas trop avec à côté de lui, la cruche insipide qui lui servira de faire-valoir amoureux, qu’on sait acquise d’avance à ses charmes présomptifs. En tutelle, le mentor sacrifié pour amorcer une vengeance, remplacé par le nouveau mentor présumé mystérieux et surpuissant…
Je plisserais davantage les yeux que je pourrais presque y voir les lignes de code venues leur attribuer à tous des fonctions plutôt qu’une seule ligne de description à même de leur déterminer un caractère qui leur soit propre. On est dans l’usiné machine, rien ne sent le vrai ou le nouveau.
Dès le deuxième chapitre, l’action devient autrement plus banale et quelconque, pareille à celle que l’on retrouve dans chaque Shônen paru depuis près de vingt ans au moins. Les éclats y sont légion mais la lumière y est résolument absente. Le premier chapitre, déjà brinquebalant, ne scintillait rien que pour la frime. Le reste du périple se fera dans le noir.
Ce qui se rapporte aux pouvoirs surnaturels y est sans intérêt, orienté vers la seule destruction sourde et insatisfaisante de surcroît, sans qu’une réelle explication ne justifie leur présence dans le récit. Il nous faut accepter docilement le paradigme faute d’avoir droit à une imbrication claire des pouvoirs dans le récit. Ils sont là car la feuille de route du parfait petit Nekketsu l’exige et le commande, aussi sommes-nous censés y souscrire.
Les bases mitées étant ainsi posées, on sait de quelle vérole on crève à devoir lire ce qui suivra. Tout le déballage y est d’une banalité criminelle à faire s’agiter une pléiade de personnages dont la moitié d’entre eux au moins ne sont là qu’en garniture pour rajouter de la baston à mastiquer péniblement durant la lecture. Les gros monstres, les personnages archétypiques à outrance, le tumulte erratique et bruyant pour la seule finalité de l’être… comment peut-on encore écrire ça avec tant de recul sur l’infamie que constitue le pire du Shônen ? Peut-être précisément grâce à la permissivité d’un lectorat qui accepte passivement qu’on se foute de lui en lui faisant les poches à pas cher. Tolérez qu’on vous fasse manger un étron, et vous accepterez par avance qu’on vous fasse écumer des torrents de chiasse acide. Mais il s’en trouve pour s’en contenter ; des masses entières pour tout dire.
Même pas à bien chercher, on ne lui trouve aucun enjeu à ce manga. Perdus tous autant qu’ils sont dans des poses clichées, avec de grands rires méchants proférés en série et des cris lâchés à raison de treize à la douzaine, on ne s’entend plus se faire chier. Même l’ennui nous est proscrit au détriment de l’irritation qu’on ressentira à devoir se faner un contenu dont la plus petite case semble avoir été conçue comme une insulte délibérée qu’on vient adresser à l’intelligence de son lectorat.
Il est honteux d’avilir l’imaginaire des plus jeunes avec un contenu qui éteindra en eux jusqu’à la plus petite étincelle créative susceptible de s’illuminer un jour. Une œuvre de mauvais goût, nonobstant son support, est un attentat contre l’imagination des plus jeunes et donc, un crime contre l’humanité toute entière.
Les chapitres se suivent et se ressemblent. Ouvrez le manga par n’importe quel chapitre de n’importe quel volume et vous peinerez à distinguer une différence entre deux occurrences éditoriales. On rejoue la même partition en boucle, et pas une qui soit ne serait-ce qu’un brin élaborée pour qu’on siffle au moins sa ritournelle.
De temps à autres, trop fréquemment à mon goût, les maisons d’édition Shônen s’essaient à quelques essais de ce genre pour déterminer si le couillon de lecteur vient toujours y déverser son obole en offrande, histoire de savoir s’il est finalement venu le temps de se renouveler. Avec une œuvre si médiocre prolongée déjà durant si longtemps, j’en déduis que ce temps-là est encore loin. Tous les lecteurs de Shônens de ce genre sont autant de maillons du centipède humain venus s’adonner volontairement à une expérience aussi peu ragoutante. Pensez bien que ces gens-là ne se rassasieront jamais assez des kilotonnes de déjections qu’on sera venus leur excréter en pleine bouche. La décadence n’est pas un phénomène automoteur, j’en voudrais toujours moins à ces auteurs sans conviction ni aspiration venus nous sanctionner de leur avarice en noir et blanc qu’à un ramassis de sous-êtres amorphes venus les plébisciter pour leurs exactions anti-créatives. Les lecteurs sans exigence sont les rouages opportuns d’une gigantesque usine à merde qui, apparemment, n’en finit pas de produire ses méfaits d’être ainsi entretenue et choyée par qui de droit.
Gachiakuta, ça se lit à condition de se chercher une nouvelle raison de haïr les nuisibles qui lui auront permis d’émerger et prospérer. Ce qui n’est pas une entreprise si contre-productive qu’il y paraît ; car on ne hait décidément jamais assez ces gens-là.