Est-ce que cela arrive aux mangakas, à l’occasion, de se relire ? C’est souhaitable ; c’en est même primordial pour éviter les ratures. Peut-être que le support dessiné rend l’exercice plus malaisé qu’avec quelques malheureux mots imprimés, cependant, un premier jet plus scrupuleux s’impose au moment d’échafauder les fondations ; que tout ne nous tombe pas sur la gueule à peine aurions-nous franchi la porte.
Disons-le franchement, ce que j’ai lu dans ce premier chapitre – très dense en information de surcroît – ne saurait être qualifié autrement que du terme « imbitable ». Les dialogues ne font pas sens, s’enchevêtrent abominablement mal les uns après les autres, les personnages ne prennent pas la peine d’être développés, pas même allusivement ; nous sommes assaillis par une série de bulles où y est condensé un grand fatras de n’importe quoi mal articulé. La bagatelle nous dure un tome et trouve le moyen de foirer son chapitre inaugural, c’est un monde. Et comme dirait George Abitbol…
Le dessin est néanmoins atypique et c’est à mettre au crédit de l ‘œuvre. Les angles, le cheminement du paneling, tout ça est pour le moins original et dynamique pour doter l’ossature branlante d’une chair somptueuse, quoi qu’un tantinet inspirée du milieu des comics. Les dessins, en juste agrément, collent parfaitement à la violence de la pagination, avec des traits pétris d’une encre lourde et abondante, où les visages se défigurent dans une myriade d’expressions plus singulières et burinées les unes que les autres. C’est un brin criard, j’entends, mais suffisamment bien manœuvré du point de vue de la scénographie et de l’histoire – une série B – pour qu’on recueille ce qui aurait pu être un travers ailleurs étant ici une saine particularité.
Il n’empêche que je pige strictement rien à ce qui se passe sous mes yeux interloqués. Une histoire de taoïsme, de zombies et… d’énergie spermique. On en apprend un peu sur le folklore chinois d’autrefois, mais les anecdotes nous tombent là, au gré d’un hasard qui passe, pour l’occasion d’une intrigue dont l’issue sera la même à chaque fois. En un tome seulement, un tome à peine, l’itération zombifiée, morne et pataude, lasse de ses mouvements prévisibles et lents. On nous jette un supposé mystère, lié à quelques éléments du folklore chinois, puis la grognasse castagne sévèrement la charogne à sa portée. De là, l’affaire se réitère, sans que jamais le rendu ne soit satisfaisant.
À vouloir nous balancer de la pop culture réagencée – et mal – un peu partout sur ses planches, Masato Hiso reprend simplement la recette frelatée d’Area 51 dont il ne dérogera pas, à nous la servir au grain de sel près. Quoi que de sel, il n’y en a pas tellement, Grateful Dead s’acceptant comme un One Shot sans saveur où la brutalité sourde est de mise et où le reste n’est finalement là qu’en garniture.
Pas un personnage n’est mémorable, la protagoniste est une « femme forte et indépendante et trop badass tu vois qui bat tout le monde trop facilement, parce qu’elle est trop géniale et qu’en fait »… comme on s’ennuie à en subir, n’ayant à faire valoir que son dessin – souvent représentée nue, par ailleurs – pour lui faire office de bribe d’existence. À quoi bon avoir écrit ça ? Surtout si ce n’est que pour passer tardivement après Le Nouvel Angyo Onshi. La finalité de la démarche m’échappe, si ce n’est peut-être trouver un exutoire à un crayon qui s’ennuie de ne pas savoir où fureter. Masato Hiso aurait tout à gagner à se faire le dessinateur complice d’un scénariste avisé. L’encre, quand il la dispense, ne doit alors jamais être versée que pour les esquisses. Toute trace d’un verbe ou d’un propos, s’il en est l’auteur, sera nécessairement dépourvu d’intérêt ; aussi qu’il passe la main à qui est plus habile dans l’écriture.