Cela ne m’arrive pas souvent mais je suis allé sur ce comics sans rien en savoir. Si ce n’est qu’il concourait à certains prix de BD et qu’il avait pour auteur un artiste dont j’apprécie le travail (Tom King). Voilà le comics qui finit sur une liste de noël et finalement sous le sapin. Et si j’étais venu pour Tom King (à l’écriture) c’est bien le travail de Bilquis Evely (dessins) qui a tout emporté.
J’ai toujours aimé la BD pour le dessin et ai toujours accordé une plus grande importance au dessin qu’au scénario. Pour autant, une fois la BD entre les mains, j’ai beau en adorer le dessin, je passe malgré tout d’une case à une autre sans nécessairement m’y attarder longuement. Mais pas ici. Non, ici on commence par la lecture, évidemment, et ce d’autant que la narration occupe une grande place (comme souvent avec Tom King). Puis coup d’œil rapide sur le dessin pour constater qu’il est quand même joli ce dessin. Et puis l’œil accroche un détail dans le dessin. Et l’on se retrouve à suivre une arabesque, qui nous mène vers une autre arabesque qui elle-même nous conduit vers des bosquets. Et de bosquet en bosquet on se retrouve à admirer un paysage en arrière-plan et le détail qui a été apporté aux nuages. Pour finir par se souvenir qu’on était en train de lire une histoire. Alors on s’arrache à notre contemplation mais pour mieux s’y replonger deux cases plus loin.
Le travail réalisé par Bilquis Evely est tout simplement fascinant. Chaque case est un tableau, s’attarder sur une case c’est risquer s’y perdre pendant quelques minutes tant son dessin fourmille de détails. Et elle est accompagnée de main de maître par Matheus Lopes aux couleurs, qui parvient à la suivre dans cette créativité foisonnante.
Le récit n’est, évidemment, pas en reste entre scènes d’actions, dialogues et jeux de narrations (et de temporalité dans la narration) Tom King nous livre une superbe histoire.
Seule mini réserve sur l’éventuel sous texte. Il y a bien une grille de lecture qui est donnée sur le dernier tiers du récit mais je l’ai trouvée presque trop grossière. En effet le comics est tellement riche que cela m’a questionné sur le fait que je sois, potentiellement, passé à côté de quelque chose. L’autre hypothèse étant que Tom King souhaitait, tout simplement, raconter une histoire rendant hommage à l’âge d’or du comics pulp fantasy avec en filigrane l’importance des récits et de la transmission. Ce qui, en soi, est déjà un beau message.
C’est un comics que je recommande à toute personne étant dotée d’une paire d’yeux et sachant lire.