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Chabouté s'empare du mythe "Landru" et réinvente l'histoire à sa façon, dans un petit thriller malicieux au dénouement très politique.
L'alsacien Christophe Chabouté s'attaque à la terrible histoire de Henri Désiré Landru, avec ce petit album paru chez Glénat dans un format poche qui rappelle un peu celui des mangas (mais ce n'en est pas un), avec un Chabouté qui reste fidèle à ses propres standards : un noir & blanc net et précis, des héros plutôt ordinaires, une mise en page dynamique et des récits de peu de mots.
Le personnage tout le monde le connaît : Landru c'est celui qui, vers 1910-1920, découpait ses victimes et les brûlait dans sa cuisinière mais qui n'avoua jamais ses crimes et qui ne fut condamné à la guillotine que sur de "simples" présomptions, sans véritables preuves irréfutables.
Un escroc à moitié mythomane qui avait entrepris de dépouiller quelques veuves (et il y en avait beaucoup après guerre).
C'est en novembre 1921 que se déroule le procès de celui qui fut surnommé Barbe-Bleue.
Chabouté réinvente l'histoire officielle de Landru dans un thriller aux accents quasi politiques.
Et si l'histoire n'était pas exactement celle qu'on nous a racontée ?
Et si … ? Et si … ?
C'est un auteur qui sait manier l'ironie et le second degré : les flics ont parfois des allures de Dupont et Dupond et son Landru croise même la route d'un tout jeune ... Marcel Petiot !
On ne peut guère en dire plus sous peine de trop en dévoiler mais cette histoire de Landru revisitée par un auteur facétieux est une véritable gourmandise ...
D'autant que le final cache une leçon qui reste toujours pertinente, encore aujourd'hui : c'était au lendemain d'une guerre terrible qui avait laissé de profondes séquelles dans la société, une période où il valait mieux éviter de se retrouver à la merci du pouvoir, de la presse ou de la justice.
« Faites le nécessaire ! Nourrissez la presse ! Jetez donc ce Landru en pâture à la foule ! »
Grâce à ce décryptage habile d'une vraie-fausse affaire d'État, le lecteur comprendra enfin les raisons pour lesquelles l'abominable Landru a nié l'ensemble de ses crimes au cours de son procès.
On connaît le goût de Christophe Chabouté pour les "gueules" marquées quand il dessine le portrait de ses personnages, et ce récit lui offre quelques belles occasions de croquer les figures de l'époque, depuis les "gueules cassées" de la Grande Guerre jusqu'à Georges Clemenceau.
Quant à son fameux noir et blanc très contrasté, il convient parfaitement au format de ces petites pages aux allures de roman-feuilleton.
Créée
le 16 juin 2026
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