Ikigami : Préavis de mort par Zali_L_Falcam
Un Japon fictif rend un hommage vibrant à la roulette russe, en tuant un jeune sur mille. Comme la France, le Japon est un pays très procédurier avec une bureaucratie très tatillonne, et c'est du point de vue d'un employé municipal qu'on suit les folles pérégrinations de ces sacrifiés pour la nation. Etant moi-même employé municipal, je confirme que, le côté "vous allez mourir demain signez ici s'il vous plaît" en moins, le quotidien dans les bureaux feutrés d'une collectivité territoriale est extrêmement bien décrit.
Cependant, la politique de contraction budgétaire commençant à se faire sentir, les concours se faisant plus rares, le nombre de personnes concernées par ces problèmes de courrier interne, de devoir de réserve et de numéro d'administrés injoignables va se faire plus rare. Ce n'est pas forcément un mal, mais cela risque de faire basculer Ikigami, peu à peu, dans le domaine de la spéculation sociale, voire de la pure science-fiction. En effet, quand la privatisation des politiques publiques aura atteint sa maturité et que les Ikigamis seront délivrés par des vacataires Monsanto, et que cela semblera normal à tout le monde, le quotidien étriqué de ce petit col-blanc semblera aux générations futures des plus curieux. A lire maintenant, donc, pour le côté guide pratique de préparation aux carrières publiques plus efficace qu'un cours du CNED, et à relire dans trente ans pour se souvenir de cette espèce plastique et fossile sur laquelle, comme tout un chacun, il nous manquera tellement de crier en cas de certificat délivré en retard ou, dans le cas présent, de notification de décès imminent.
Cependant, d'ici là, tous les Japonais seront des robots, ou des personnes âgées robo-dépendantes, et les éditions futures devront stipuler par de nombreuses notes en bas de page qu'à l'époque, ce n'était pas le cas. Cette critique a été écrite pendant les heures de bureau.