Araki aura su s'essayer à bien des genres dans ces aventures aussi singulières que truculentes.

Le mystère ne lui est pas étranger, ayant déjà pu y toucher durant Diamond is Unbreakable. Quand bien même l'accent était avant tout mis sur la tranche de vie, la petite ville de Morioh se drapait d'un fin mystère au travers du meurtrier qui y sévissait.

Dans Jojolion, le mystère ne fait plus office d'accent mais bien de typographie. Il parsème l'œuvre et lui donne ses formes les plus généreuses, comme les plus disgracieuses.


Propulsés dans une Morioh surnaturelle, Araki nous assaille d'éléments n'ayant pour autre but que de titiller notre imagination et d'empiler les questions. Trop à vrai dire. Si dans un premier temps la formule prend, elle s'évanouit bien vite en raison d'une carence dans tous les autres domaines. Des personnages creux, ne dépassant pas le stade de stéréotype grossier et n'évoluant quasiment pas. Des combats de stands aussi peu inspirés que cohérents. Un découpage et une mise en scène maigrelette. Un scénario éclaté mais sans pièce de puzzle allant ensemble. Voilà ce que l'on doit se coltiner sur vingt-sept volumes. Chaque aspect aura droit à son analyse, mais restons sur la structure.


Structure il y a, quand bien même Araki s'évertue à donner la consistance la plus déroutante à Jojolion. Déroutante ou alambiquée, il n'y a qu'un pas dans lequel Araki s'est jeté. Les mystères mis en place sont légion et plusieurs ont échappé à la plume d'Araki, pour demeurer sans réponse à jamais.

La marque de morsure semblant donner un stand, ou y être à tout le moins liée lorsque l'on se trouve proche des Murs qui Voient, n'est plus jamais évoquée ou explorée. Le cas de Yasuho rend même cette piste bancale, puisque des flashbacks suggèrent que Paisley Park était déjà présent avant que la morsure ne soit clairement associée à l’éveil de son Stand. Le personnage de Karera, ainsi que son lien avec Josefumi et Kira, complètement oubliée au point de ne jamais reparaître dans l'intrigue passée son introduction. La raison pour laquelle Wonder of U est un Stand qui apparait aux yeux des non-utilisateurs et qui possède sa propre individualité ...


Certains parviendront à trouver des réponses plus que satisfaisantes, notamment l'origine de Josuke. Le prix à payer en revanche pour les obtenir est un flashback qui arrive sans raison narrative et qui est le principal moteur de la progression de Josuke en tant que personnage. L'artificialité de ce moment est ce qui rend très bancale la révélation, malgré la qualité du flashback proposé.

Tout le flashback sur Josefumi et Kira est le meilleur passage de Jojolion. Les deux sont très rapidement établis, ont une personnalité marquée, des motivations claires et leur dynamique aurait mérité être le cœur de la Partie. Dommage, ce n'aura pas été le choix d'Araki. En lieu et place, il nous propose une recherche d'identité, qui si elle est prometteuse et pourrait offrir moultes réflexions approfondies en raison de l'origine de Josuke, Araki n'en fera rien. Tout se résout avec ce seul flashback et la progression de Josuke ne se limite qu'à cela : sauver Holy qui devient de facto sa mère.


Ce cas est symptomatique de la narration éclatée de Jojolion : de nombreux flashbacks clés qui sont lancés sans raison narrative intradiégétique mais qui sont bien utiles pour résoudre un combat ou faire progresser un tant soit peu un personnage. Que ce soit Joshu, Yasuho, Mamezuku ou Josuke, tous ont droit à ce traitement, pour finalement ne mener nulle part. De la facilité d'écriture assez grossière en somme.


Les personnages, parlons-en. Pas trop longtemps car il y a trop peu à en dire. La famille Higashikata est sous-développée. Daiya et Hato ne jouent un rôle qu'une seule fois avant de devenir des éléments du décor. De même pour Mistuba et Norisuke qui s'incarnent plus mais dont le rôle demeure trop mineur pour valoir quelque chose.

Reste alors Kaato qui n'est rien de plus qu'un outil narratif posé au milieu de l'histoire pour ne servir que durant la résolution avec un Deus Ex Machina teinte platine avec son Stand jamais introduit.

Hormis Jobin qui est doté de véritables motivations et d'un rôle impactant dans le récit, tous les personnages de Jojolion sont creux, sans saveur.


Personnage et scénario mènent chacun au même constat : "C'est tout ?". Les grands mystères autour de cette organisation de l'ombre tombent à plat. La motivation derrière ce "complot" est aussi grotesque que clichée.

Araki désamorce lui-même son ajout le plus intrigant : les hommes-rochers. Le tout avec une page inter-chapitre digne d'une fiche Pokedex se contentant de dire "ils existent, c'est comme ça et voilà leur mode de vie".

Incorporer de manière naturelle et fluide au récit la révélation aurait été bien plus élégant.

Un cas parmi tant d'autres encore une fois.


Inutile de revenir sur l'antagoniste qui est aussi flagrant que peu charismatique. Le pire méchant principal de tout Jojo's Bizarre Adventure. Rien à voir de son côté, si ce n'est son Stand, qui lui possède un chara design soigné et marquant. Wonder of U fait parfaite figure de Stand d'ennemi final tant son concept est retors à défaire. Affronter un ennemi qui déchaîne la calamité si l'on a seulement l'intention de lui nuire est terrifiant. De nombreuses possibilités s'offraient pour résoudre ce problème d'apparence insoluble.

Comme beaucoup trop de fois dans cette Partie 8, Araki fera le choix du Deus Ex Machina, de la facilité scénaristique la plus grossière qui soit.

Recourir à la spirale sous sa forme finale n'est pas une mauvaise réponse pour triompher de Wonder of U, au contraire, c'est cohérent au vu du combat final de Steel Ball Run. Le problème réside avant tout dans le fait qu'Araki n'a jamais fait mention de la spirale dans Jojolion. A aucun moment ce n'est introduit ou mis en place, pas plus dans le pouvoir de Josuke. Un pouvoir ayant nécessité tout un voyage initiatique durant des mois à Johnny n'a pris que quelques instants à Josuke. Clou final dans le cercueil de ce combat final qui aura trop souffert de son manque de mise en place et de grandiose.

En outre, Jojolion souffre de longueurs sur ses vingt-sept tomes. Si Josuke n'avait pas oublié que ses bulles ont la faculté de retirer un concept entier à ce qu'elles touchent et si Araki avait resserré son récit plutôt que de le farcir de mystères sans finalité, la Partie aurait été bien plus agréable à lire. N’en reste alors que la partie la plus faible de JoJo’s Bizarre Adventure : non pas une œuvre foisonnante de créativité maîtrisée, mais un récit saturé d’idées qui peinent à s’articuler entre elles.




SlyTheRacoon
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le 29 avr. 2026

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