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Bad Boys
L'archétype du manga shônen des années 90's. En soi, rien d'original, une équipe de héros qui bastonnent les méchants, qui s'entraîne, progresse (très vite !) et puis hop ! un petit tournoi,...
le 20 juil. 2013
Prenez la main de Yusuke et embarquez dans un voyage au centre de l'autre monde en quatre étapes !
Quatre étapes puisqu'il est de notoriété publique que Yu Yu Hakusho est structuré en quatre grandes saga bien distinctes : Le Détective des Esprits, Le Tournoi des Ténèbres, Le Chapitre Noir et les Trois Rois.
D'emblée, Yusuke se démarque de ses compères protagonistes de Nekketsu de par son caractère de petite racaille qui passe son temps à défier l'autorité, bien qu'il possède un bon fond. Contrairement aux autres, il va tout faire pour résister à l'appel du surnaturel et garder son quotidien paisible.
La première saga narre la mort de Yusuke, par un acte de bonté (ironiquement inutile), et son combat pour retourner parmi les vivants. Yusuke devient donc un détective au service de l'autre monde, sous les ordres du petit Enma et sous la tutelle de Botan, dans l'espoir de retrouver la vie et sa belle Keiko. Si l'arc est très banal de part sa succession de petites aventures sans trop de lien les unes avec les autres et dépourvues de profondeur, c'est sur le plan de la cohérence que le bât blesse.
En effet, on établit une règle dès le chapitre 3 : celle que Yusuke ne peut pas interagir avec ses proches. Pour autant, Yusuke va interagir à de nombreuses reprises avec certains de ses professeurs et avec Kuwabara notamment. De plus, l'enjeu de cette règle repose sur le fait que Yusuke ne puisse pas donner réellement signe de vie à sa mère ou sa copine, Keiko. Pour autant, rien ne l'empêche de prendre contact avec une amie de Keiko qu'il ne côtoie pas afin de lui donner des nouvelles par intermédiaire.
Se pose aussi la question de la limite quant à l'interaction possible avec les vivants. Car la règle est davantage tournée par la suite comme une interdiction d'interagir avec les vivants, règle qui sera constamment bafouée par Yusuke, avec Botan qui dira fermer les yeux sur ses actes à plusieurs reprises.
La première saga souffre d'une règle fondamentale cassée et d'un enchaînement de coups de bol qui permettent de résoudre chaque situation. A ce titre, le cas du combat de Yusuke contre Rando est le plus parlant :
Yusuke est poursuivi par des Shuriken à tête chercheuse. Il fonce sur Rando, est sur le point de se faire transpercer, mais il tombe par hasard dans un trou d'eau profond qui lui permet d'éviter les Shurikens et que Rando se les reçoive à sa place. Trou d'eau qui n'a jamais établi et pas vu par Yusuke. Mention spéciale aussi au boost de puissance que Yusuke obtient sans raison, et au fait que l'étang dans lequel il tombe soit relié à ce petit trou d'eau qui lui permettra une contre-attaque, et par la même occasion, lui donnera la victoire. Coup de bol ultime quand il échappe au sort le plus puissant de Rando parce qu'il a de la vase dans les oreilles ...
Powers up et coups de chance ultime sont légions dans cette première saga. Malgré des gadgets inventifs de l'outre-monde, le manque cruel de développement des personnages passé leur introduction finit d'enterrer Le Détective des Esprits. Un format Slice of Life, avec des aventures à petits enjeux peut se prêter à un cadre de développement subtil des personnages. Mais en dehors de Yusuke, aucun n'aura d'approfondissement passé leur concept de base. Kuwabara se limite à cette racaille avec un bon fond, Kurama n'est défini que par sa backstory avec ses parents adoptifs et Hiei change de personnalité hors champ entre deux arcs.
La raison pour laquelle tout le monde se souvient de Yu Yu Hakusho, c'est pour sa saga du Tournoi des Ténèbres. L'arc final de la première saga posait des fondations bien solides pour l'introduire : un arc de rescousse de princesse en danger (ici, Yukina, la sœur de Hiei). Comme attendu, les héros remportent victoire sur victoire, mais l'originalité repose sur le fait que toutes reposent sur le bon vouloir de l'antagoniste à venir qui se sert des héros pour dépouiller l'antagoniste présent.
C'est à ce moment précis, et face au très charismatique Toguro que l'œuvre prend une ampleur réelle.
Reconnu comme une référence du Shonen pour son arc du tournoi, je ne peux me ranger du côté de l'avis majoritaire. Si la saga du Tournoi des Ténèbres est indéniablement une réussite, j'aurais tendance à dire que sa structure de tournoi est un détriment pour l'œuvre au global, en raison de son arrivée précoce. Ou plutôt, le manque cruel de développement des personnages jusqu'à ce point précis entre en conflit avec cette structure d'arc.
En effet, le Tournoi se limite avant tout à une série de combat sans grand enjeu, avec des adversaires aussi peu intéressants que mémorable pour l'écrasante majorité. De plus, l'absence de développement des personnages principaux ou d'évolution réelle rend ces combats d'autant plus quelconques et creux.
L'arc se limite donc à l'attente de l'affrontement final entre l'équipe de Yusuke et celle de Toguro.
S'il souffre de quelques facilités scénaristiques, là où l'arc se montre brillant, c'est sur tout ce qui entoure Toguro, Genkai et Yusuke. Toguro possède une présence inégalée dans tout Yu Yu Hakusho. Chacune de ses apparitions est marquante et Togashi apporte un soin tout particulier dans sa manière de le dessiner.
La progression sur le dessin et le découpage se fait d'autant plus ressentir au fur et à mesure du Tournoi. Si le trait de Togashi était très quelconque sur le premier arc, il se fait toujours plus technique, jusqu'à fournir constamment des portraits très détaillés et expressifs. Le point culminant résidant dans cet affrontement spectaculaire entre Yusuke et Toguro : fluide, spectaculaire et profondément terrifiant dans sa violence.
Sur le plan de l'écriture, Toguro représente un antagoniste foutrement unique. Ce désir de ne jamais être dépassé, jamais rattrapé par la vieillesse et donc de pactiser avec le diable pour ne jamais faiblir, le rend aussi humain que monstrueux. Dès son introduction, on perçoit qu'il n'est pas un méchant caricaturalement mauvais comme le sont tous les autres. Le combat est sa raison d'être, puisqu'il a rejeté tout le reste. L'opposition qu'il crée avec Genkai, qui elle a accepté dégénérescence et mortalité, lui donne davantage de poids. Et davantage face à Yusuke qui représente cette jeunesse tentant de préserver sa morale tout en ayant le potentiel de le dépasser.
Narrativement et artistiquement, il s'agit là du point d'orgue de Yu Yu Hakusho. Celui qui aurait mérité de se retrouver dans une structure narrative différente afin de ne pas être une simple étoile filante.
Terrible erreur de Togashi d'avoir fait ressusciter Genkai sans raison valable, car cela amoindri drastiquement sa mort et l'arc en lui-même.
Passé la fin du Dark Tournament, le trait de Togashi devient beaucoup moins constant et précis. Par bien trop de fois, les planches ne deviennent que purement fonctionnelles et se rapprochent davantage d'un storyboard brouillon plutôt que d'un manga fini. Lors des deux derniers arcs, bien trop de planches ne comprennent aucune composition, aucune perspective, aucune profondeur, aucune ombre ... Petite pensée de ce côté pour cette planche où Kuwabara se fait enlever par un groupe ennemi en voiture de sans visage, sous les yeux de Yusuke et Kurama. Une planche aussi symptomatique qu'elle est la norme dans cette seconde moitié de l'œuvre : le trait se fait non pas abstrait, mais bien abscons. La faute aussi bien à des soucis de santé de l'auteur qu'à un clair manque de motivation.
Si l'oeuvre est décomposée en quatre parties narrativement, elle est scindée en deux artistiquement.
Passé le volume 12, tout donne le sentiment que Togashi a abandonné. Le dessin devient pratiquement illisible, mais surtout l'écriture devient complètement anarchique. Des efforts sont faits pour mettre en place plusieurs nouveaux personnages, pour qu'on ne les utilise ou développe absolument jamais. Tout ce qui est fait est de ramener les ultra populaires Hiei, Kuwabara et Kurama auprès de Yusuke, sans jamais étoffer leur écriture.
La saga du Chapitre Noir se voit donc affublée d'un antagoniste qui fera pâle figure après Toguro : Sensui. Ancien détective des esprits, comme Yusuke le fut, il est passé du côté obscur pour une raison risible.
"Oh non, les humains que je devais arrêter qui sont des sales races torturaient et tuaient des monstres du Monde des Ténèbres ! Je dois donc anéantir l'humanité à présent."
Un antagoniste sans charisme ni profondeur auquel on donne une douzaine de personnalités pour n'en voir que trois ou quatre, sans que cela apporte quoi que ce soit.
Difficile de ne pas voir un abandon complet lorsque Togashi fait s'affronter sans raison réelle Hiei et Yusuke, en illustrant ce combat avec des dessins simplement pas finis. Le tout pour nous servir une ellipse saupoudrée d'un "ils ont continué à se battre pour de bon pendant une dizaine de minutes ... merci de vouloir patienter". Le summum de la fainéantise s'il en est.
Et c'est précisément là qu'intervient le défaut majeur de Togashi, aussi bien sur Yu Yu Hakusho que sur Hunter x Hunter dans le futur : il est fainéant. Cette fainéantise se ressent dans le dessin qui passe de série de gribouillis incompréhensible à portrait fourmillant de détails. Tout est inconstant, jusque dans l'écriture qui passe des éléments importants de mise en place pour accélérer à un payoff sans poids.
Des idées intéressantes éclatent parfois comme lorsque Kurama utilise sa plante capable de maintenir en vie et torturer mentalement une victime sans la laisser mourir.
Mais le Chapitre Noir n'est qu'un prototype de ce que seront les affrontements de Hunter x Hunter, en version lacunaire de part leur manque de développement (mention spéciale à l'affrontement de jeux vidéo). La saga culminera sur un enchaînement de Deus Ex Machina octroyant des pouvoirs absurdes aux protagonistes et une résurrection pour l'un d'entre eux. Le tout avec un retcon grossier de ses origines familiales brisant beaucoup de points de scénario précédents.
Enfin vient la dernière saga, Les Trois Rois. Des efforts sont déployés pour mettre en place ces trois souverains du monde des Ténèbres et faire monter la tension. La confrontation ultime afin de régner enfin sur ce monde et décider du sort du monde des humains. Des efforts, mais pas longtemps. De manière artificielle et sans aucun indice préalable, les trois héros principaux (Hiei, Kurama et Yusuke) sont affiliés à un des Rois. On change drastiquement la personnalité de chacun sans progression crédible, notamment dans le cas de Yusuke. Et Togashi daigne enfin développer ses personnages, mais bien trop tard pour que cela ait le moindre poids.
En résulte l'un des arcs les plus rushés et incohérents tout Shonen confondus. La romance avec Keiko qui a été si montrée auparavant s'arrête sans raison, sans montrer le cheminement de pensée de chacun, les enjeux du Tournoi pour le trône sur le monde des Ténèbres ne sont jamais établis ...
Aucun des rois n'est réellement approfondis au point qu'on ignore même leurs motivations à régner ou quelles seraient les conséquences si chacun gagnait.
Insulte ultime, Togashi ne nous montre aucunement le tournoi et ses combats. Au lieu de quoi, le lecteur a droit à un résumé en carton fourni par Yusuke. Avec le conflit principal résolu avec un gag digne de Bob l'Eponge.
Le fait qu'un vieillard moins fort que tous les autres concurrent gagne n'est pas drôle, c'est aussi incohérent. Notamment car on ne nous montre en rien comment il a gagné. Tout ce que cela montre est la fainéantise de Togashi qui ne savait pas comment conclure.
Le pire étant que tout le conflit du monde des humains risquant d'être envahi par les monstres du monde des Ténèbres est résolu en un coup de cuillères à pot. Juste parce que le vainqueur du tournoi était quelqu'un de sympa. Tout le conflit principal est donc jeté à la poubelle.
Les conditions de parution de Yu Yu Hakusho sont bien connues, et Togashi a décidé de couper court à son manga car excédé par son éditeur qui le poussait à continuer une oeuvre qu'il n'aimait plus, afin de faire concurrence à Dragon Ball. Si je ne peux que saluer le choix de s'arrêter selon ses termes, le résultat final sur papier n'en est pas moins désastreux.
L'arc final ne mérite pas le titre d'histoire tant tout s'enchaîne sans forme de cohérence tant narrativement qu'en terme de découpage et de dessin. Chaque choix transpire le raz-le-bol et la fainéantise d'un auteur qui ne ressent plus d'amour pour sa création.
En résulte un manga trop hétéroclite dans sa structure et un narratif trop éclaté pour former un tout cohérent. Yu Yu Hakusho demeure une référence du Shonen. Trop ambitieux et inconstant pour ne pas s'effondrer sur lui-même, il aura brillé l'espace d'un instant pour illuminer la voie pour ses successeurs.
Créée
le 9 avr. 2026
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L'archétype du manga shônen des années 90's. En soi, rien d'original, une équipe de héros qui bastonnent les méchants, qui s'entraîne, progresse (très vite !) et puis hop ! un petit tournoi,...
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