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Le rêve d’une nation orc
Bienvenue dans l’univers de l’héroïc fantasy. Kor’Nyr est le 13ème volume de la série Orcs & Gobelins Kor’Nyr est un ancien khan (chef de guerre) qui souhaite unifier les orcs sous la même...
le 26 juin 2021
BD franco-belge de Sylvain Cordurié et Pierre-Denis Goux (2021)
Quand on est un gobelin chétif, un tantinet impressionnable, qui croise pour la toute première fois la route d'une équipée d'orcs renfrognés, soit on se chie dessus, soit on se découvre une capacité jusqu'alors méconnue à contracter son sphincter si fort que rien ne se passe. Pas même le sifflement étranglé d'une perlouse de contrariété.
Orcs & Gobelins, tome 13 : Kor’nyr, redéfinit la structure de la série en se détachant des aventures individuelles où le narrateur n'est autre que le personnage principal, puisqu'ici la voix qui raconte n’est autre que celle du bourreau, celui qui a mis fin au rêve. Dans cet album, Sylvain Cordurié délaisse les figures désormais familières de l’orc réduit à un instinct guerrier en quête de renom. Kor’nyr n’est ni un simple champion en quête de gloire, ni un mercenaire mû par l’or et le sang, ni même un survivant acculé par des monstres ténébreux ou autres elfes. Il est autre chose. Un maître de guerre visionnaire, habité par une idée hérétique dans la culture orc, à savoir l’unité. Son rêve n’est pas la domination d’un clan sur les autres, mais la réunion d’un peuple farouche, viscéralement attaché à sa liberté, à sa loi des clans, incapable par nature de ployer le genou devant quiconque, même face à une menace commune. Un rêve fou et contre-nature, qui consiste à faire des orcs autre chose qu’une somme de meutes rivales. C’est ainsi qu'on suit avec intérêt les pas de Kor’nyr le conquérant tragique, non pas dans une épopée "que" triomphale, mais dans une marche funèbre vers l’inévitable. Une tentative désespérée de rassembler ce qui n’a jamais voulu l’être, d’imposer une vision collective à un peuple fondé sur la défiance, et la loi du plus fort. À travers ce choix narratif, l’album nous replonge une fois encore au cœur des Terres d’Arran, un univers d’heroic fantasy d’une richesse remarquable, où cohabitent de nombreuses sagas parallèles telles que Elfes, Nains, Mages et bien sûr Orcs & Gobelins. Mais ici, la conception change d’échelle, quitte le champ du simple récit d’aventure pour embrasser une dimension plus vaste, plus conquérante et résolument politique, interrogeant frontalement la notion de pouvoir, de légitimité et le prix à payer lorsqu’on tente d’élever un peuple au-delà de ce qu’il est prêt à devenir.
Cette trajectoire fait inévitablement écho à celle d’Alexandre le Grand, non pas que dans sa dimension mythifiée de conquérant invincible, mais dans ce qu’elle contient également de plus fragile et de plus tragique. Comme le roi de Macédoine, Kor’nyr hérite d’un monde fragmenté, morcelé en entités autonomes, jalouses de leur pouvoir et de leurs fortunes, régulièrement ravagés par les raids incessants d'autres peuples via la route du commerce, mais aussi dans ce tome, des Aggerskells, des pillards barbares venus du Nord de l’Ourann. Et comme Alexandre, il comprend que la survie passe par l’unification des orcs, par la création d’une force collective capable de dépasser les rivalités internes pour repousser l’ennemi extérieur, puis pour affronter un monde plus vaste afin de le conquérir. Mais là où Alexandre imposait son autorité par la filiation, la culture et l’héritage politique, Kor’nyr, lui, doit composer avec un peuple qui ne reconnaît ni lignage sacré ni droit divin. Chez les orcs, seule la force immédiate fait loi, et toute autorité est par essence temporaire. C’est là que réside toute la force du récit. Kor’nyr n’est pas l’histoire d’une conquête, mais celle d’un combat idéologique perdu d’avance. Un combat contre l’essence même de la culture orc, fondée sur la défiance, la violence ritualisée et la domination éphémère. Plus Kor’nyr avance, plus son rêve d’unité révèle sa nature paradoxale, car pour rassembler, il faut contraindre ; pour pacifier, il faut imposer la guerre ; pour créer une armée unifiée, il faut accepter de devenir une figure de tyran aux yeux de ceux-là mêmes qu’il cherche à protéger. À mesure que les clans se rallient, l’ombre de la trahison s’étend silencieusement sur lui de manière inéluctable, jusqu'à arriver à la même conclusion tragique que celle d'Alexandre le Grand.
Kor’nyr n’est jamais idéalisé, il porte lui aussi ses contradictions, ses doutes, et une mélancolie profonde lorsqu’il constate que même les plus vaillants de ses alliés hésitent à renoncer à leurs prérogatives personnelles. Un leader surpuissant conscient de sa responsabilité, capable de tendre la main tout en sachant qu’elle pourrait être tranchée, ou bien qu'il pourrait la trancher. Autour de lui gravite une galerie de personnages tout aussi complexes entre des chefs jaloux, des guerriers sceptiques, des jeunes orcs emplis d’espoir, dont un vieux gobelin, que Kor'nyr considère comme un de ses rares amis. Son parcours d’unification se joue sur plusieurs registres, à travers le sang versé sur le champ de bataille, les discours politiques, les débats attisés de soupçons, et la trahison. Lorsque la trahison finale arrive, le choix du narrateur prend alors tout son sens, car confier le récit à celui qui deviendra le bourreau de Kor’nyr, c’est inscrire l’album dans une logique de fatalité absolue transformant l’album en chronique funèbre. Kor’nyr n’échoue pas parce qu’il manque de force ou de vision, mais parce que son rêve dépasse ce que son peuple est prêt à accepter. En effet, la question n’est jamais de savoir si Kor’nyr échouera, mais jusqu’où il pourra aller avant que son propre peuple ne le rejette. En cela, ce périple raconte la naissance avortée d’un empire orc. La tentative avortée de faire entrer ce peuple dans une ère nouvelle. Et tant que lecteur, on en vient même à regretter que cela n'arrive pas. Graphiquement, l’album brille autant par l’efficacité de ses compositions que par la manière dont Pierre-Denis Goux illustre les vastes étendues du Pays des Vents, les visages graves des orcs, et l'épique des champs de bataille, le poids des morts. Les planches traduisent magnifiquement les contrastes grâce aux couleurs de Julia Pinchuk, offrant un contraste efficace ajoutant du plus entre les grandes aspirations unificatrices et les réalités sanglantes de chaque décision de Kor’nyr. Au final, le seul regret pourrait être que ce récit épique aurait mérité d'être étalé sur au minimum deux tomes.
Orcs & Gobelins, tome 13 : Kor’nyr, s’impose comme l’un des albums les plus matures de la série. En transposant la figure d’Alexandre le Grand dans un contexte orc, Sylvain Cordurié livre une réflexion abrupte sur le pouvoir, l’unité et la trahison. Une fresque crépusculaire, amère, et profondément marquante, qui confirme que Orcs & Gobelins peut être bien plus qu’une simple série de récits guerriers.
Un très bon tome.
Bien sûr, les orcs s’engagent également dans des campagnes pour moissonner des têtes et récolter la solde qui va avec cette saine activité. La guerre coule dans leurs veines tel un feu bouillonnant dès la naissance. Il ne s’éteint qu’à leur mort. Enfin, c’est ma vision des choses. Eux ont un point de vue moins poétique : ils tapent sur l’ennemi jusqu’à ce qu’il tombe.
Créée
le 7 janv. 2026
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