En feuilletant rapidement cette bande dessinée, j’étais un peu sceptique sur le dessin… Mais mon a priori s’est vite dissipé : dès les premières pages, j’ai été conquis.
L’auteur nous fait d’abord suivre un homme marchant dans les rues animées de Bangalore : véhicules, bâtiments, foule… Les cases regorgent de détails vivants, ce qui permet une immersion immédiate. La double page d’ouverture, avec cet arbre majestueux sur un terrain vague, est superbe.
On découvre ensuite que ce terrain vague va être transformé en chantier pour un immeuble de luxe.
Le récit est simple, presque documentaire : pas de sensationnalisme, pas de grosses péripéties, seulement des instants de vie autour d’un chantier. L’auteur a décidé de livrer un récit le plus objectif et neutre possible.
Cela peut être frustrant pour certains car on ne suit pas les personnages de A à Z ( par exemple, on aurait pu rester uniquement avec les trois personnages du début, les voir retourner dans leur village, échouer à y refaire leur vie et revenir en ville…) Mais non, et ce n’est pas grave.
Certes, on ne s’attache pas forcément aux individus, mais on est happé par ce regard neutre et contemplatif (avec de nombreuses cases sans dialogues) sur la vie qui gravite au sein et autour du chantier.
On entrevoit ainsi les tensions sociales, les croyances, les langues, les hiérarchies… autant de bribes de la société indienne qui émergent par petites touches.
Le choix de deux couleurs dominantes (orange et bleu) est pertinent : il donne une vraie force visuelle à la narration et fait ressentir la chaleur, la poussière…
Une lecture qui peut, certes, devenir fastidieuse ou ennuyante si l’on n’accepte pas son rythme lent, contemplatif, parfois silencieux. Mieux vaut la lire d’une traite, en prenant le temps de s’immerger pleinement dans ce récit.
Bref, une très bonne lecture en ce qui me concerne.