La série « Alix » dessinée et scénarisée par le Français Jacques Martin (1921-2010) comprend 19 albums (1948-1988), avant la participation d’autres collaborateurs, entre 1996 et 2009 (9 albums), puis la reprise par d’autres après la mort de son créateur (16 albums). Ayant travaillé au journal belge « Tintin » où il côtoya Hergé et Edgar P. Jacobs, il est influencé par le style de la « ligne claire », caractéristique de l’Ecole de Bruxelles. Etonnement, pour sa première série, il donne, au personnage titre, un prénom habituellement féminin et devenu mixte au XXe s. Ses aventures se déroulent pendant l’antiquité romaine [comme « Astérix » qui sera créé en 1959 par René Goscinny (1926-1977) et Albert Uderzo (1927-2020)], Alix étant un esclave d’origine gauloise blond (orphelin et vendu par un conquérant romain à des Phéniciens). Les dialogues sont accompagnés de textes commentant les images. « L’île maudite » (1951) est le 3e album. L’histoire débute à Carthage (ancienne cité rivale de Rome, fondée au IXe s avant J-C par des Phéniciens), et sous la direction d’un gouverneur romain, Flavius qui reçoit de Rome un envoyé extraordinaire qui n’est autre qu’Alix pour enquêter sur des faits extraordinaires. La structure du récit est artificielle et donne l’impression que Jacques Martin a voulu revisiter plusieurs thèmes : celui de l’Atlantide, île mythique évoquée par Platon (428-348 avant J-C), située au-delà des colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), île engloutie par les flots, et les travaux d’Archimède (287-212 avant J-C.), notamment concernant des miroirs géants pour concentrer les rayons du soleil ; l’idée n’est pas inintéressante mais la présentation d’une machine à vapeur permettant le mouvement relève d’un l’anachronisme débridé, même si Héron d’Alexandrie (Ier s) conçut l’éolipyle, 1er moteur à vapeur mais relevant plus du jouet, longtemps avant la machine à vapeur (1679) de Denis Papin (1647-1713). Un cyclone (sic) n’est pas épargné au lecteur, avant l’échouage d’Alix et de ses compagnons dans une île d’un archipel volcanique (Les Canaries ?) où ont émigré des Egyptiens (rien que çà, alors que les premiers habitants des Canaries, les Guanches, seraient d’origine berbère, donc d’Afrique du Nord). Bien sûr, on retrouve le méchant habituel, sans foi ni loi, le Grec Arbacès et Enak, qui sert de faire valoir, tantôt disparu, tantôt fait prisonnier, ou de boulet (selon les lecteurs !).