L’ultime défi de Sherlock Holmes est une bande dessinée basée sur le roman de Michael Dibdin, où ce dernier lance Sherlock sur les traces de Jack L’éventreur. Une idée excitante, car qui mieux que Sherlock pour démasquer Jack L’Éventreur. Hélas, la lecture de l’album se révèle décevante. Certes l’adaptation d’Oliver Cotte est maladroite, mais c’est surtout le roman d’origine qui pèche par son manque d’ambition.
Sans être un expert, je suis quand même amateur de l’œuvre de Conan Doyle. J’ai lu l’ensemble des aventures de Sherlock, ainsi qu’un certains nombres d’œuvres apocryphes, en roman comme en bande dessinée. Avec le recul que m’apporte ces lectures, ce que je perçois du roman à travers cette adaptation apparaît comme un triste bricolage sans saveur.
Dans le roman, Sherlock est appelé à assister Scotland Yard dans la recherche de jack l’Éventreur. L’idée de Dibdin est tout d’abord de nous faire croire que les meurtres serait dus à Moriarty. Une idée certes amusante mais idiote tant cela correspond peu au personnage, tel qu’imaginé par Conan Doyle. Mais les vraies intentions de l’auteur apparaissent à travers la seconde idée. Où l’on nous révèle qu’en fait Moriarty est le fruit de l’imagination d’un Sherlock devenu paranoïaque et psychopathe puisqu’il serait le véritable meurtrier…
La véritable intention du roman apparaît finalement, comme une volonté de jouer avec les codes de deux univers bien définis (Sherlock et jack l’éventreur). Mais Dibdin ne crée rien. Il se contente de mélanger les faits à la fiction pour en donner une piètre interprétation, dont la seule force est de salir l’intégrité de Sherlock. Chacun tue le père à sa façon. C’est finalement un brin potache, mais bon pourquoi pas. Le problème est que le cas de Jack l’éventreur a été traité de nombreuses fois et ce de manière beaucoup plus brillante. Il suffit de lire (entre autres) le From Hell d’Alan Moore pour s’en convaincre.
Le livre de Dibdin date de 1878. Quelques années plus tard, allait paraître Elémentaire mon cher Holmes de René Réouven. Comme Dibdin, Réouven va étudier le cas de Jack l’Éventreur par le prisme de Sherlock Holmes. Son roman est passionnant, très bien documenté et se permet en plus de livrer une réponse crédible quant à l’identité possible de jack l’éventreur. Bref à côté de son roman, l’intrigue de celui de Dibdin paraît inepte.
Vous l’aurez compris, je n’ai pas adhéré à cette histoire. D’autant que l’adaptation d’Olivier Cotte est assez maladroite. Toute cette histoire est censée être une confession de Watson à Conan Doyle. Le principe est intéressant mais très mal utilisé dans la bande dessinée. Cet aspect apparaît tardivement et du coup provoque quelques confusions. Le récit est raconté une première fois, avant que Watson en donne une relecture au vu des révélations concernant Holmes. Un procédé étrange, qui complique inutilement le récit. Autre point dérangeant, les rebondissements du récit sont introduits trop brusquement. J’ai eu l’impression que l’on nous les imposait plus que l’on ne nous les expliquait. Nul doute que le récit aurait gagné en intérêt en étant mieux construit.
Cette faiblesse du scénario est d’autant plus dommageable que le dessin de Stromboni est lui admirable. Le dessinateur, formé aux métiers de l’animation à l’école des Gobelins, révèle ici un incroyable talent. Son trait charbonneux donne une grande profondeur à l’album. Sentiment renforcé par sa capacité à rendre ses personnages très expressifs. Le jeu de trame et le choix des couleurs contribuent à donner une belle ambiance à l’ensemble.
Au final, il y a un tel contraste entre le scénario et le dessin, que cet album apparaît comme un beau gâchis. Sa lecture, peu passionnante, est vite oubliée. Cela donne néanmoins envie de suivre la carrière de Stromboni, qui semble prometteuse.