A l’évidence, il y a chez James Tynion IV un talent certain pour croquer des portraits contemporains. La majorité de ses ouvrages n’ont jamais été autre chose qu’un long canapé de psy sur lequel il nous livre ce qui lui trotte entre les deux oreilles. La Fille au blouson léopard, paru chez Delcourt, ne fait donc pas exception à cette autopsie en miroir, comprenez un déchaînement de couleurs et de violence au service d’une thérapie introspective sur les petites névroses qui nous habitent tous.
Le soleil se lève sur New York. Un métro passe. Une jeune femme est assise éméchée sur un banc. Elle nous apostrophe : « C’est l’histoire d’une love story. Mais pas ce genre de love story. » Nous voilà prévenus. Tout comme avec The Nice House… ayant remporté le Fauve d’Or à Angoulême, James Tynion V s’adresse directement à son lecteur. En brisant le 4e mur, en réutilisant ce dispositif devenu une marotte chez lui, l’objectif est double. D’abord, réduire la distance. Ensuite, permettre le soliloque.
Les œuvres de l’auteur sont bavardes. Ses personnages aiment jacasser de tout et de rien, se lancer dans de grandes diatribes sur leur propre mal-être. Une manière comme une autre de nous inviter dans leur psyché esquintée.
L’admiration, c’est dangereux. C’est comme un lent poison. Zara va l’apprendre à ses dépens. Tombant raide dingue amoureuse de Jasper, une tueuse en puissance au sourire éternel, la passion la submerge. Une passion qui lui échappe, faute de pouvoir la connaître plus intimement. Aussi, dans le maigre espoir d’apprendre à mieux la « pénétrer », elle va en faire sa muse.
De leur relation naîtra un roman, un thriller gorgé d’action. Un truc à la John Wick. Seulement, cette histoire qu’elle dépeint, c’est peu ou prou celle de Jasper. Si bien que le jour où un patron de la pègre va tomber dessus en librairie, il met un contrat sur la tête de Jasper et Zara, pensant que la première a tout balancé et que la seconde doit disparaître pour éviter la fuite d’un second volume compromettant.
Ni une ni deux, voilà notre chère héroïne plongée dans un sac d’emmerdes, des tueurs professionnels lancés à ses trousses et la mort de sa petite amie sur la conscience. En héritage : la somme de 40M de dollars et un appartement royal qui va vite être réduit en cendres par une mission d’élimination tournant à la catastrophe. Pour survivre, Zara n’aura d’autre choix que de faire équipe avec Liz, une autre assassin, ancienne amie dévouée de Jasper.
S’inscrivant davantage dans la veine action de Something is Killing the Children qu’horrifique de The Department of Truth, on devine l’envie quasi palpable de Tynion de se faire plaisir, de lâcher les potards question fureur.
La fille au blouson noir léopard fait sensiblement penser à une version de Kill Bill : couleurs pimpantes et bariolées qui contrastent avec le déferlement d’hémoglobine, découpage explosif précipitant notre œil dans un strabisme d’informations, ligue d’assassins et protagonistes hauts en couleur, le tout servi par le talent d’Elsa Charretier, laquelle avait déjà collaboré avec la scène comics, notamment par le biais de Love Everlasting de Tom King, et la science colorimétrique de Jordie Bellaire, qu’on ne présente plus.
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