La Main gauche de Dieu, la Main droite du Diable, tome 1 par HuangFeihong

Je n'ai jamais rien lu d'aussi extrême : les tabous visuels sont légions et, lorsqu'on parle d'horreur viscérale, La Main gauche de Dieu, La Main droite du Diable (quel titre terrible !) se pose comme son digne représentant. C'en est même un euphémisme tant Umezu prend la viscéralité du body horror au pied de la lettre, jouant avec l'anatomie et l'élasticité des corps humains (enfants...) comme le ferait un chirurgien fou.


En bon maître du Kusozu du 9ème art, Umezu montre la déliquescence du corps sous toutes ses formes : la chair est altérée, se décompose, se régénère pour former une nouvelle créature grossière et putréfiée (cela concerne surtout le volume 2). Et quand cette déliquescence n'est pas physique, elle est au départ psychologique ; mais de toute évidence la souffrance physique est une extension d'un traumatisme que la paire de ciseaux va charcuter pour mieux le révéler : l'horreur est psychosomatique chez Umezz.

Comme toujours, ses gimmicks favoris sont là : zooms effroyables sur des bouches saisies d'effroi qui ne laissent échapper aucun son, ou usage d'une mise en page en gaufrier créant un sentiment d'urgence et de claustrophobie par la proximité des cases et leur alignement — notamment lors d'une séquence où le jeune Sho doit se dissimuler avant l'arrivée de son agresseur. Sans parler bien évidemment de son style inimitable, archaïque, mais qui donne beaucoup de poids, limite d'interdit, à une lecture semblable à une vieille VHS maudite que l'on trouverait dans un vieux rayon délabré où personne ne met plus un pied.


Et comme a son habitude, le mangaka excelle particulièrement lors de séquences de catastrophes diluviennes. À mes yeux, le point d'orgue de cette histoire (sans trop spoiler) est la séquence de l'hôpital où l'horreur qui se déroule en hors-champ (une salle d'opération) se manifeste par un tremblement de terre inouï : les murs et les portes se fissurent, laissent échapper des vagues de sang, les morts reviennent à la vie pendant qu'un personnage hurle de douleur à travers les cloisons... Jamais une séquence ne m'a tant foutu la chair de poule que celle-ci.


C'est un manga qui gagne vraiment à être relu, tellement l'horreur y est imposante d'un point de vue graphique qu'elle en noie les réelles qualités scénaristiques du titre. Le scénario tient vraiment la route et exploite son horreur organique de manière progressive, construisant toute son intrigue autour de la découverte de ces mystérieux ciseaux maudits. Plus on plonge dans les tréfonds de l'âme, et donc du corps, plus le manga dévoile de nouveaux atouts et de nouvelles malédictions. Il n'y a pas à dire, la progression narrative du titre, au diapason des déformations physiques est implacable. Les dernières pages, terrifiantes et mystiques, font bien honneur au titre de ce manga.


Parmi les grands nom du manga d'horreur comme Junji ito, Hideshi Hino et Umezu Kazuo cette courte histoire est indéniablement ma favorite.

Un must pour tous les fans du maitre de l'horreur et de Bisserie grand-guignolesque !


HuangFeihong
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Créée

le 19 mars 2026

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