Le Royaume sous le sable - Thorgal, tome 26 (2001)
Après deux années d’errance, Thorgal et sa famille échouent de nouveau sur les rivages d’une île inconnue. Là, Aaricia lui fait part de son ras-le-bol : elle veut retourner chez les Vikings pour élever ses enfants dans cette tradition.
Il faut donc que Thorgal se fasse à l’idée que son « pays rêvé, loin de la haine des hommes et du courroux des dieux » n’est peut-être qu’une chimère. Son pays, finalement, c’est sa famille. Il accepte de regarder la vérité en face et promet de rebrousser chemin dès le lendemain matin.
Malchance : leur barque brûle. Très vite, on démasque le complot ourdi par deux Bédouins à la solde d’un monarque encore anonyme, mais qui semble nourrir un intérêt certain pour les têtes blondes.
Ce nouveau volume emprunte une sauce proche de Lawrence d’Arabie, aussi bien dans son décor désertique que dans la majesté du sable, qui n’est pas sans rappeler les compositions de Lean. Rosinski s’en donne à cœur joie et transforme une nouvelle fois ces étendues arides en véritable théâtre d’aventure.
Il ne faut d’ailleurs pas longtemps pour découvrir qui se cache derrière cette capture : les héritiers du peuple des étoiles, échoués dans le désert, là où la dernière civilisation humaine de l’ancien temps s’était regroupée avant de s’enfuir dans le ciel.
Or donc, sous le sable sommeille donc un palais en ruine, vestige de ce que l’on apprend être… l’Atlantide. On ne peut alors que s’étonner, une nouvelle fois, de la propension de Van Hamme à raccrocher sa propre mythologie à celles qui bordent notre inconscient collectif. Thorgal semble pouvoir tout avaler : les Vikings, les dieux nordiques, les civilisations perdues, les extraterrestres, l’Atlantide… et toujours parvenir à faire tenir tout ce beau monde dans le même chaudron.
Parmi les coups d’éclat de cet opus, on fait la connaissance de l’Introspecteur, sorte de boîte à cryogénisation permettant de reluquer les souvenirs de ceux qui s’y couchent. Une machine capable de scanner la mémoire et de nous faire revivre l’incroyable voyage parcouru par la famille de Thorgal durant plus de 25 années -ce qui, au passage, épouse joliment la fresque de publication de la série. Une façon amusante de regarder en arrière et de mesurer tout le chemin parcouru.
Sargon, ersatz de Varth (alias Ogotaï, le père de Thorgal), nous ressert quant à lui la rengaine du fasciste souhaitant réparer leur fusée pour asservir l’humanité sous son joug, profitant de leur technologie pour se faire passer pour l’égal des dieux. Rien de nouveau sous le soleil. Van Hamme nous ressert un peu la même soupe et l’on commence à craindre de voir son imaginaire se tarir, lui que l’on pensait jusqu’ici alimenté par un puits d’une inépuisable abondance.
Après une petite tentative d’évasion, Thorgal et les siens sont finalement expédiés dans un labyrinthe. Et voilà que ce dédale résonne étrangement avec une notion qui semble traverser toute la série : celle de l’égarement.
Comme si c’était désormais à notre tour de nous perdre dans les couloirs de ces planches, dans l’imaginaire d’un esprit fourbu mais encore capable d’ouvrir des passages secrets, des galeries moussues et des portes donnant sur des mondes insoupçonnés. Le déploiement d’un cosmos qui, si l’on regarde en aval, n’a décidément rien à envier aux étoiles.
Le Barbare - Thorgal, tome 27 (2002)
Capturé puis vendu comme esclave (cela en devient presque risible), Thorgal est envoyé participer à une sorte de Hunger Games : les fils des gouverneurs parfaire leur entraînement et sont amenés à tuer leur premier homme dans cette chasse. Entre les pages, on sent traverser les ombres de Ben-Hur et de Gladiator : arènes, combats, puissance impériale et héros jeté en pâture au spectacle des puissants.
Même si les histoires commencent sérieusement à tourner en rond, d’autant qu’elles ne racontent plus toujours grand-chose, il faut saluer la manière dont Van Hamme continue de manier les concepts et d’exploiter différents modèles narratifs. Il sait encore construire ses aventures, trouver une idée de scène, une mécanique suffisamment solide pour nous faire tourner les pages.
Mais le problème devient difficile à esquiver : le manichéisme gagne du terrain. Les histoires sont désormais bien rodées et, au-delà de quelques brillantes idées de mise en scène, Van Hamme n’émerveille plus autant. Il compte trop souvent sur le talent de son compère pour continuer à nous éblouir.
On tient donc un tome palpitant, efficace, mais qui se fait vite oublier au sein du catalogue. Un ressassé du tome 9, avec une puissance romaine venant prendre la suite de l’Atlantide : tout cela est malheureusement sévèrement bâclé.
On saluera néanmoins la beauté de la dernière planche : la carcasse de Thorgal, étendue et laissée pour morte au sommet d’une falaise, tandis qu’au loin les navires de l’empereur, à bord desquels se trouve sa femme, s’éloignent à l’horizon. Une image qui possède encore cette puissance mythologique que la narration peine désormais à retrouver.
Chaque année depuis 27 ans, Van Hamme baisse le pont-levis pour nous inviter à sa table couverte de victuailles. Mais le garde-manger commence à se vider. Les serveurs débarrassent déjà les assiettes. Il faut faire de la place pour le dessert que nous préparent les deux derniers volumes.