À chaque héros son alcoolique : Tintin a eu Archibald Haddock, Blueberry a désormais Jim McClure. « Mille milliards de pétards ! » (p. 16), déclare d’ailleurs le général Crook lors de sa première entrevue avec ce dernier. Je ne me souviens plus comment Hergé faisait entrer le marin barbu dans sa série, mais l’introduction du prospecteur chauve par Charlier semble avant tout guidée par le souci de renouveler la quête de Blueberry – obtenir la paix – sans trop se répéter.

De fait, ce quatrième volume est assez peu répétitif : notre héros varie ses ruses (malgré un nouveau coup du clairon, p. 30), il se lave, et ses scènes d’action apportent quelques variations bienvenues au schéma « héros en mauvaise posture / évasion de dernière minute » qu’on retrouve depuis le début de la série. Cet album présente, à ma connaissance, la seule occurrence en bande dessinée d’un combat qui cesse parce que l’un des combattants s’endort ! Du reste, Blueberry arrête d’abattre ses chevaux et commence à se montrer explicitement sensible au charme féminin. Parallèlement à cela, les personnages se complexifient, et l’on sort même timidement, avec la bande des déserteurs sudistes, du récit d’action uniquement structuré par une dichotomie bons / méchants.

En fait, avec Le Cavalier perdu, en particulier à la fin, on s’éloigne un peu du récit d’action tout court. Non seulement on y parle beaucoup, avec un peu moins de ces dialogues artificiels qui alourdissaient parfois les albums précédents en explicitant le contexte et les intentions des personnages, mais la parole devient un véritable enjeu narratif : c’est des différentes négociations – entre Blueberry et Charriba, entre Charriba et Quanah, entre Crowe et Finlay, voire entre Blueberry et McClure – que dépend le sort des protagonistes.

J’ignore si cette prédominance du dialogue par rapport au dessin dans Le Cavalier perdu est liée au fait que Jijé a dessiné une vingtaine de planches. Ce n’est peut-être pas un hasard, en revanche, si on trouve aussi une lettre (p. 5, p. 18) : Le Cavalier perdu parle de la parole.

Alcofribas
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 27 oct. 2025

Critique lue 8 fois

Alcofribas

Écrit par

Critique lue 8 fois

1

D'autres avis sur Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

10

Ugly

1826 critiques

Le tonnerre gronde encore sur l'Ouest

Encore un chef-d'oeuvre de narration, très rempli et très dense, malgré des manoeuvres scénaristiques qui peuvent faire sourire : en effet, on constate dans cet album de nombreux retournements de...

le 5 sept. 2020

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

8

batman1985

3555 critiques

Toujours autant de qualités et les mêmes défauts

Pour ce nouvel album de Blueberry que je découvre et qui suit forcément la chronologie et l'histoire des trois premiers opus, j'ai presque envie de vous renvoyer à l'avis sur le tome 3 tant j'ai...

le 13 févr. 2018

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

Le Cavalier perdu - Blueberry, tome 4

Fausses Routes et Errances

Le Cavalier Perdu c’est d’abord le lieutenant Graig qui ne revient pas de mission et vers lequel Blueberry va s’élancer pour ramener l’autorisation présidentielle de négocier la fin du conflit avec...

le 15 janv. 2016

Du même critique

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

9

Alcofribas

1349 critiques

Littérature

Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...

le 6 août 2013

Un roi sans divertissement

Un roi sans divertissement

9

Alcofribas

1349 critiques

Façon de parler

Ce livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...

le 4 avr. 2018

Le Jeune Acteur, tome 1

Le Jeune Acteur, tome 1

7

Alcofribas

1349 critiques

« Ce Vincent Lacoste »

Pour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...

le 12 nov. 2021