On retrouve dans Le Cheval de fer une caractéristique des cinq premiers albums : Blueberry mêle à la fiction des éléments réels de l’histoire des États-Unis. Ici, c’est la construction de la ligne du chemin de fer transcontinental (1863-1869, merci Wikipedia) qui fournit la toile de fond. Et autant les frères Bass n’étaient pas assez caractérisés pour procurer à L’Homme à l’étoile d’argent des méchants qui tiennent la route, autant Jethro Steelfingers s’impose tout de suite : une brute, une trait physique marquant, des acolytes.
On remarquera aussi que l’intrigue de Fort Navajo est répétée dans Le Cheval de fer : ce n’est plus Bascom, mais Steelfingers qui saisit l’occasion d’une entrevue avec des chefs indiens pour les attaquer, discréditer son camp et plonger la région dans le chaos. La grosse différence, c’est le mobile : Bascom agissait par haine des « Rouges », Steelfingers parce que son employeur le paie pour faire échouer la concurrence. Dans Le Cheval de fer, l’antagonisme personnel qui anime Blueberry et Steelfingers n’est qu’une conséquence de leurs autres antagonismes. Il me semble qu’on tient là quelque chose d’un peu plus intéressant et plus riche que les questions de vengeance, d’honneur ou de sens du bien et du mal qui animent 95 % des westerns, et probablement la même proportion des bandes dessinées pour la jeunesse.
Plus intéressant, car tout ceci donne quand même un peu d’épaisseur aux personnages. Plus riche, car ceux-ci ne vont plus seulement s’opposer frontalement, mais rivaliser de ruse : en différant leur vengeance, en supprimant le mobile de leur antagoniste, en subtilisant ou en détruisant les ressources qui lui permettraient d’arriver à ses fins. Le jeu du plus rusé qui commence avec ce septième album donne tout de même à l’ensemble une certaine envergure scénaristique.
On notera aussi, mais je ne sais pas quoi faire de ces remarques, que Le Cheval de fer met notre lieutenant à deux reprises dans une baignoire (p. 19 et 31), et à trois reprises face à un feu (p. 9-10, 27-30, 46-18).
Sinon, les couleurs de l’album sont particulièrement moches et le lettrage pas toujours facile à lire, mais ça vient peut-être de mon édition, qu’un lecteur précédent en mal de sensations fortes semble avoir tenté de percer à la pointe de compas (en fer ?) ; les gens sont bizarres.