Scénariste prolifique, Fabien Vehlmann propose ici une BD aux aspects légendaires et postapocalyptiques sur le déclin d’une civilisation. Tout commence avec Sans-Voix, membre singulier d’une meute de singes évoluant dans des terres sauvages. Le scénario bascule lorsque la meute est massacrée et le jeune mâle capturé par un clan d’humains en exil qui vont le dresser en une bête de combat. Le récit évolue alors avec un narrateur différent à chaque chapitre pour mieux nous faire découvrir cette civilisation inspirée par des peuples africains, arabes ou asiatiques. Le clan qui détient le « dieu fauve » est en exil et voit, à la suite d'un déluge, la possibilité de reconquérir le trône de l’empire. Le scénario développe alors des thèmes comme la violence sociétale via les rapports hiérarchiques, les sacrifices des subalternes ou encore l’esclavage.
De plus, si le singe de l’introduction est en retrait après le 1er chapitre, il fuit et traque le clan pour se venger, son ombre culpabilisante plane, dévoilant d’une certaine manière le rapport violent qu’entretient l’Homme avec la Nature. En effet, les auteurs interrogent la part d’humanité qui s’efface par la soif de pouvoir, la bête représentant le déclin des hommes et leur aveuglement. Pour représenter ce récit aux accents épiques, le dessin développe bien le cadre qui donne de l’ampleur à cet univers fantasy, par son découpage pertinent et de nombreux détails graphiques. Crépusculaire et abrupt, Ce dieu fauve est un titre réussi avec une portée universelle qui interroge la notion d’Humanité.