« Sin city » (littéralement, ville du péché) est une série de polars noirs (se déroulant dans le monde violent, maléfique et pervers de Basin City, devenue Sin City, fondée lors de la ruée vers l’or, d’où la présence de femmes fatales, pulpeuses et sexies dans les boites de nuit), créée en 1991, à 34 ans, par l’Américain Frank Miller. Comprenant 7 tomes (d’un format plus petit que les albums classiques de bandes dessinées, sans pagination et constitués généralement d’une centaine de pages chacun, au lieu de 48 voire 62 pages), la série se caractérise par un graphisme noir (dominant) et blanc, inspiré de l’expressionisme allemand, d’une grande beauté, souvent irréel (ce qui en atténue la violence omniprésente qui semble fasciner Frank Miller) et aux nombreuses onomatopées cocasses (gulp, graa, hoof, brekk, poom, spak, kashh, uhnn, gaaa, etc.). Seul bémol, le visage des personnages masculins n’est pas toujours facilement identifiable, le style de Frank Miller étant très éloigné de la ligne claire !
« Le grand carnage » ou « The big fat kill » est le 3e tome (1995). Son intrigue a été incorporé dans « Sin city » (2005), réalisé par l’auteur, en collaboration avec le cinéaste Robert Rodriguez. Le scénario n’est pas vraiment renouvelé, avec beaucoup de violence, répétitive, et une dilatation du temps : on retrouve Dwight McCarthy (issu du 2e tome), devenu l’amant de Shellie, et qui met dehors son ex, Jackie, avant de le suivre en voiture dans Sin City. Jackie, avec ses copains, pénètre dans la vieille ville où un groupe de prostituées assure sa propre défense. La rencontre de Jackie avec elles se passe mal, à la suite de l’intervention de Miho, prostituée sachant manier les armes blanches avec dextérité (elle avait aidé Dwight dans le tome 2). La mort de Jackie (de son vrai nom, Jack Rafferty, inspecteur principal, violent, ripoux et alcoolique) va modifier le fragile équilibre où les filles se défendaient des truands et des macs, sans intervention de la police. Dwight décide de se débarrasser des cadavres dans un marais, où se mélange réalité et images oniriques en relation avec le marais où fut construit un parc à thème sur les dinosaures (sic). Un peu confus et n’apportant pas grand-chose à l’intrigue, si ce n’est de l’allonger gratuitement, comme si l’auteur était payé à la feuille. Après un rappel (un peu gratuit et grandiloquent) de la bataille des Thermopyles où 300 Spartiates se sont sacrifiés en 480 avant J-C pour ralentir l’avancée des Perses, on assiste au combat entre des mercenaires et Dwight, accompagné des filles qui découvrent la présence d’un traitre en leur sein. La fin illustre bien le titre du livre, où sont exaltées la violence, la haine, la joie de tuer et la soif de sang. Pourquoi pas ? On a le sentiment que Frank Miller tourne en rond et répète, ad nauseam, les scènes violentes. Il faut savoir s’arrêter quand on n’a plus rien à dire mais il y a encore 4 tomes…