Il arrive qu’un projet vous fascine, au point tel qu'il réussit à s’insinuer par la petite porte menant à la galerie de vos rêves. Le Phare, dont la campagne marketing avait de quoi nous faire baver, en est un brillant exemple. Sans nulle doute, voir imprimer en lettres d'or sur la couverture d’une BD des noms aussi prestigieux tient presque du miracle. Aussi, au-delà même de servir de levier au lancement d’une nouvelle maison d’édition, la bien nommée Astrolabe, ce titre aura également de quoi ravir les amoureux, comme nous, de deux continents artistiques.
Dans notre climat actuel, ce prototype fait du bien. Nous ne répèterons jamais assez à quel point il est nécessaire de réduire les frontières, de partager notre savoir et faire briller la beauté des arts aux quatre coins du monde. Réunissant pas moins de seize artistes, Le Phare nous propose en l’espace de huit nouvelles, comparons-les à des escales, de dessiner une sorte de cartographie des imaginaires.
Comme son nom l’indique si bien, il est question de nous offrir une lumière, un fanal à suivre dans la nuit. Après tout, le phare ne symbolise-t-il pas par excellence la notion même d’aventure, de la promesse d’accoster vers un abri, celle d’un refuge ? Un nom-valise qui manifeste une constellation de fantasmes que chaque auteur du projet s’est échiné à nous capturer pour les retranscrire sur ces planches. Et cela, en l’espace d’à peine huit pages.
Une contrainte qui aurait eu le don de nous faire craindre le pire, tant il est déjà difficile d’offrir un portrait au moyen d’une centaine. Toutefois, c’est essentiellement dans la contrainte que l’imagination s’épanouit. Chacun à son tour, les scribes de l’album ont dû se décarcasser la tête pour réussir à s’emparer de cette sujétion pour en tirer quelques instantanés, un morceau d’aventure qui, mis bout à bout, à l’image d’un gigantesque puzzle, nous offre un éclatant motif.
Aussi, nous voilà d’abord projetés dans un univers de Fantasy où un archi-mage se donne pour mission de confectionner un colossal monument dans le but d’endiguer la menace des ténèbres qui s’est échappée par une déchirure de la trame du cosmos.
Brique par brique, Le Phare nous apparaît avant de nous laisser dériver sur les flancs d’une seconde histoire, laquelle dresse le portrait d’un père et de son fils faisant face au naufrage, sur la grève, d’un époustouflant navire chargé d’or. Sommes-nous dans le même univers ou dans une temporalité différente ? Peu importe. Le fait est que le Phare demeure ; entité fixe autour de laquelle tourne la Terre, tel l’axe du monde.
Le but du concept est limpide : provoquer des rencontres, de l’inattendu, voir se collisionner des mondes atypiques afin de voir ce qui peut en éclore. Spoiler : une galerie hallucinée. Chaque épisode se lit donc comme l’extrait d’un énigmatique journal de bord qu’on aurait arraché au temps. Le flou et l’entremêlement ou non des histoires servent à leur tour de levier.
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