J'ai été attirée par le graphisme un peu hors-normes du Port des marins perdus. Comme beaucoup d'autres lecteurs, j'imagine. Le choix du crayonné, qui d'habitude n'est qu'une étape dans le dessin d'un album, se révèle non seulement original mais également judicieux : il colle parfaitement à ce récit à la portée plutôt mélancolique, ainsi qu'à la nature évanescente des deux personnages principaux. D'autant que ceux-ci évoluent dans un entre-deux, à la lisière de deux mondes. Vous noterez que je n'en révélerai pas plus pour préserver les futurs lecteurs, mais la quatrième de couverture dévoile tout de go le mystère qui pèse sur Abel, merci bien à l'éditeur ! Bon, vous êtes prévenus, ne la lisez pas...


Reste que l'histoire de ce jeune garçon à la recherche de son identité, qui a perdu la mémoire, m'a légèrement déçue. C'est agréable à lire, c'est agréable pour les yeux, mais ça se traîne un petit peu. Une fois qu'on a compris quel fardeau porte Abel - ainsi que Rebecca -, notre personnage va s'engager naturellement dans une quête dont il doit trouver le sens, pour enfin se libérer. C'est là que ça perd pas mal en originalité et que ça devient au contraire assez convenu : on connaît ce genre de scénario malheureusement un peu par cœur et on en est réduit à attendre un dénouement qui se fait pas mal attendre. On trouve malgré tout quelques idées graphiques intéressantes : la première planche (dont on va retrouver des échos plus tard), une autre qui prend la forme d'un papier peint à la William Morris, deux planches symétriques sur l'histoire de Rebecca et Nath qui se répondent, par exemple.


Est-ce parce que le côté onirique des premier actes s'estompe peu à peu ? Toujours est-il que les deux auteurs ont visiblement pris plaisir à truffer leur album de références à des poèmes. Pour ma part, j'ai trouvé ça un peu lourd, tout comme certaines tournures un peu emphatiques censées refléter les pensées de Rebecca ou de Nath, mais j'imagine que c'est une question de goût. Cela dit, malgré les défauts que je peux trouver à cet album, j'ai trouvé que les personnages, (presque) tous attachants, étaient bien réussis et on ne peut nier qu'il s'en dégage une atmosphère à la fois douce, rêveuse, triste mais respirant aussi l'espoir et la paix. Dommage que la quête d'Abel n'ait pas pris une forme un peu moins conventionnelle dans sa résolution, et que le format ne soit pas plus court.

Cthulie-la-Mignonne
7

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Créée

le 6 juil. 2017

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8

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