Mathilde a rencontré Henri dans la résistance, pendant la 2nde guerre mondiale, où elle a fait preuve d’un grand sang-froid et démontré qu’elle savait être impitoyable. Bien que Mathilde ait toujours eu un faible pour Henri, il ne s’est jamais rien passé entre eux à part une relation de « travail » puisque celui-ci fait appel à elle pour éliminer de manière définitive certains problèmes, en toute discrétion. Et tout se passait très bien jusqu’à un certain soir de septembre 1985…
Ce n’est pas la première fois qu’un de ses romans est adapté de manière illustrée. On l’a vu notamment avec les 3 tomes du thriller social « Cadres noirs » de Pascal Bertho et Giuseppe Liotti ou la trilogie « Les enfants du désastre » (Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie, Miroir de nos peines) de Christian de Metter ou encore « Les années glorieuses », dont le 1er tome (« Le grand monde ») est réalisé par le même Christian de Metter ou enfin avec les 4 tomes de la « Brigade Verhoeven » de Pascal Bertho et Yannick Corboz. Ces Bandes Dessinées ont toutes été publiées chez Rue de Sèvres, comme c’est encore le cas avec celle-ci. Néanmoins, c’est la première fois que l’auteur à succès est véritablement « aux manettes ». Qui de mieux que Pierre Lemaitre lui-même pour réaliser l’adaptation de l’un de ses romans. D’ailleurs, c’est assez marrant d’imaginer que ce polar a été son premier roman (écrit en 1985 bien qu’il n’ait été publié que bien plus tard). De même, il a annoncé à sa sortie en 2021 qu’il s’agirait de son dernier roman noir. C’est donc tout naturellement qu’il s’est attelé à le transformer en BD pour une publication en mars 2025. « La boucle est bouclée ».
Ce personnage atypique de mamie tueuse qui « sucre un peu les fraises » par intermittence est vraiment drôle, si l’on apprécie l’humour décalé. C’est assez original d’avoir décidé de montrer que même les tueurs implacables n’échappent pas à la règle : ils vieillissent et peuvent faire n’importe quoi à cause des affres de l’âge. Pierre Lemaître nous rend cette assassine sympathique malgré son côté froid et cruel. Il arrive à créer un sentiment de compassion envers cette meurtrière vieillissante, isolée et avec des capacités déclinantes. Cela offre une réflexion originale sur le temps qui passe, la solitude et la violence.
Le scénariste nous présente également la plupart de ses personnages comme des humains avec leurs « failles » ce qui les rend crédibles et attachants. Néanmoins, le destin tragique de certains d’entre eux ajoute une tension dramatique au récit. On peut dire que l’auteur n’épargne pas vraiment la police que ce soit avec les tueries ou la perspicacité de la hiérarchie. En ce qui concerne les dialogues, ils sont souvent ironiques et certaines situations deviennent presque burlesques comme pour contrebalancer avec l’extrême violence de certaines scènes. Par contre amoureux des animaux, notamment des chiens, veuillez passer votre chemin, sinon vous risquez d’être choqué.
Le trait expressif, un brin caricatural ainsi que les couleurs pastel de Dominique Monféry dédramatisent le récit. Cela donne une impression de douceur et de tranquillité tout en contraste avec un scénario plutôt violent. Cette opposition crée un effet de surprise et participe à l’humour qui caractérise le récit. La palette colorimétrique rappelle les années 80 et correspond à la chronologie de l’histoire. En effet, certaines parties sont des flashbacks de la deuxième guerre mondiale. Ils sont donc de couleur sépia pour montrer que Mathilde se remémore des souvenirs ou pour donner du contexte à l’histoire.
Pour terminer cette chronique, je dirais que d’une certaine façon, l’histoire finit bien… enfin cela dépend pour qui… mais pour le découvrir, il vous faudra lire ce one-shot qui vaut le détour !
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