Les Derniers Jours de Superman est une compilation de trois histoires différentes de l'homme d'acier, toutes écrites par Alan Moore, toutes publiées entre juin 1985 et septembre 1986.
Curieusement, le premier, Pour celui qui a déjà tout, est celui qui m'a le plus plu. Le dernier fils de Krypton se retrouvant « parasité » par une sorte de fleur-champignon qui le transporte dans une illusion, sorte de réalité alternative, où il a pu vivre sur sa planète natale, où il n'est plus le dernier fils de Krypton justement. Comics oblige, les parallèles avec certains travers de la politique étasunienne sont évidents avec ces conservateurs idéalisant un monde d'avant qui n'a jamais existé, et autres groupes peu recommandables. L'idée que j'ai trouvé la plus pertinente avec cette première histoire est le fait que le père de Superman, Jor-El, a connu un long discrédit suite à son affirmation que Krypton allait exploser… pour finalement se transformer en un membre d'un KKK revisité. Autrement dit, ce qui l'a conduit à se comporter comme la pire des merdes est la projection même qui fait que Superman a pu atterrir sur Terre. On n'est pas bien loin du « syndrome du Nobel ». Malheureusement, la faible longueur du récit fait que Moore prend constamment des raccourcis, divulgâche très vite au lecteur ce qui est en train d'arriver à l'homme d'acier, ou sort ce dernier de son « faux-rêve » un peu trop facilement. Ce n'est pas d'une grande subtilité, mais ça fonctionne malgré tout… et puis c'est toujours un plaisir de retrouver le duo Moore/Gibbons. Pas pour rien qu'il s'agit aussi du comics qui m'a le plus plu au niveau du dessin.
Le deuxième, Aux frontières de la jungle, est sans nul doute le plus insignifiant et le moins bon des trois. Outre les prémisses qui se rapprochent grandement de Pour celui qui a déjà tout (on retrouve un champignon et une illusion), cette histoire est surtout l'occasion pour Moore de créer un crossover entre Superman et La créature du marais, personnage sur lequel il travaillait au même moment. Une histoire très classique et prévisible qui, probablement, gagne en intérêt si on connait assez bien Swamp Thing, mais qui se révèle ici être plus une histoire prévisible et insignifiante qu'autre chose. Reste que le dessin de Rick Veitch est sans nul doute celui comportant le plus de détails du lot, dommage que Superman change quelque peu d'apparence d'une case à l'autre et tire à quelques reprises une tête disons… surprenante… c'est dans ces moments-là qu'on devine lequel des trois dessinateurs de la compilation avait le moins l'habitude de dessiner du super-héros.
Histoire majeure de cette compilation, Les derniers jours de Superman est la seule à être en deux parties. Plus que ça, elle est aussi la dernière histoire du dernier fils de Krypton avant son basculement dans l'âge moderne avec Crisis on Infinite Earths, actant la fin des univers parallèles. Vous l'avez déjà deviné, étant le genre de personne naviguant à contre-courant, il ne s'agit pas de mon histoire préférée du lot, malgré le fait que ce soit de celle-ci qu'est tiré le titre de la compilation. La faute justement à une volonté de tout vouloir conclure, de faire défiler les uns à la suite des autres personnages et autres méchants de l'univers de l'homme d'acier. Grand fan de la série Metal Gear Solid, j'ai compris depuis 18 ans déjà que vouloir conclure, tout du moins marquer un point d'honneur à un univers, a tendance à davantage créer de chaos qu'autre chose. Au moins, on ne peut pas reprocher à Whatever Happened to the Man of Tomorrow? d'épargner ses personnages : c'est une véritable boucherie (vegan, vu qu'il n'y a pas de sang, excepté pour une page), même le pauvre chien, symbole de loyauté, y passe. On peut certes voir cet empilement comme une sorte de mise en scène volontaire de l'épuisement d'une continuité, une sorte de critique de l'âge d'argent, mais le défaut reste présent néanmoins. J'apprécie tout de même les dernières pages et cette lucidité sur le côté « sans fin » du personnage : Moore ne joue pas les naïfs et sait très bien que, fin ou non, la saga ne s'arrêtera pas pour autant.
Forcément, on retrouve l'un des plus gros dessinateurs de l'homme d'acier pour cet « ultime » comics, Curt Swan, celui que beaucoup de fans du personnage considèrent comme étant derrière le véritable âge d'or graphique du super-héros… enfin non, vu que c'est un auteur de l'âge d'argent, mais âge d'or dans le sens où c'était l'âge d'or de Superman, mais durant l'époque de l'âge d'argent… Votre prénom, c'est François, c'est juste ? En tous cas, le faire revenir pour l'ultime histoire donne à celle-ci une dimension presque testamentaire, en bien comme en mal, tant son dessin peut paraître « vieillot » (tout du moins ancré dans une certaine époque), sans être laid pour autant.
Je tiens à noter la présence d'un motif qui traverse les trois histoires : Superman désire, souffre puis meurt, mais dans toutes, il a besoin de quelqu'un d'autre pour sortir de sa situation. Une manière assez intéressante de rappeler que derrière le surhomme se trouve toujours un personnage dépendant des autres, même lorsque ses pouvoirs semblent le placer au-dessus de tout le monde. Reste que je serais tenté de dire que, comme pour beaucoup d'autres comics, je trouve l'ensemble un peu surcôté. Les trois histoires présentes dans ces Derniers Jours de Superman ont beau se lire sans déplaisir, on reste dans du pur délire comics où tout part dans tous les sens et sans grand fond derrière. Décidément, l'avenir est un long passé.