Repéré à la médiathèque pour le dessin fragile et clair, Les Échos Invisibles interroge d’abord.
Une longue introduction en deux parties pose le narrateur, Baltus. Un enterrement pluvieux et un flashback, rencontre autour d’une photographie : « Il me fallait trouver un endroit pour vivre en paix ». L’homme ne se sent plus de place parmi les hommes, n’a plus la force d’affronter l’autre. L’action s’installe alors au bord de la mer, sur une île italienne, bien des années plus tard. Baltus est parti se faire, ermite, parti se perdre au bout du monde. Une visiteuse vient l’y trouver, et la conversation naît, de rares phrases et de longs silences. Les planches sont belles. Aérées, aériennes. La narration fait de même, mystérieuse. Une touche de fantastique au cœur du personnage, une atmosphère poétique de contemplation, la nature est colorée pastel, et quelque chose chez l’homme change. Imperceptiblement. Assez pour que l’album se termine sur une promesse et des questions. Une planche de Baltus seul surplombant la falaise face à la mer, le retour à la photographie qui lui redonne un sens, une raison, une dernière planche de plein air encore, Baltus s’éloigne des falaises, la mer dans le dos.
C’est beau, vraiment – l’ai-je assez dit ? C’est linéaire mais intriguant, et ce rythme lent, cette narration qui prend son temps, a tout pour me plaire. Il y a de plus l’ambition réelle, consciente ou non, de faire œuvre et pas seulement divertissement. Un genre de récit que j’apprécie particulièrement. Humble, sensible, aérien et contemplatif, mystérieux.
Matthieu Marsan-Bacheré