Dans la veine des romans graphiques à la mode sur les arcanes des films cultes, cette BD souffre inévitablement de la comparaison avec Les Guerres de Lucas, dont la maîtrise narrative et la richesse dramaturgique mettaient véritablement en scène les coulisses d’une saga. Ici, le dessin, assez disgracieux, peine à cerner correctement les protagonistes réels mis en scène et à restituer leurs traits de manière suffisamment identifiable, ce qui nuit à l’immersion.
En fait, Les Mâchoires de la Peur donne davantage l’impression d’un assemblage d’anecdotes et d’éléments de making-of piochés ça et là, plutôt que d’un récit proprement construit. Malgré une bibliographie manifestement abondante, l’ensemble manque d’un véritable fil conducteur et d’un travail scénaristique capable de transformer cette matière documentaire en narration cohérente et incarnée. Accumuler les anecdotes chronologiquement ne suffit pas à créer une œuvre captivante, même si le résultat final reste suffisamment intéressant pour éviter le naufrage. Bref, le filon de la BD documentaire sur des films cultes n’est finalement pas si facile que cela à exploiter, ça demande un vrai travail scénaristique et graphique.