Mère Cosmos de Minuro Sugiyama est avant tout une belle œuvre visuelle, portée par un dessin remarquable et un imaginaire particulièrement riche. C’est un manga qui frappe d’abord par ce qu’il montre. On y découvre des formes, des architectures et des créatures que l’on a rarement vues ailleurs. Le chara design comme le design des environnements sont à la fois originaux et maîtrisés, et c’est clairement là que réside la principale force du livre.
La lecture donne le sentiment de voyager dans un univers singulier, parfois étrange, toujours stimulant. Chaque chapitre propose des situations nouvelles, des paysages inattendus, des compositions qui invitent à s’attarder sur les planches. On sent chez Sugiyama une véritable volonté de créer un monde visuel cohérent, presque tangible, qui existe au-delà même de ce qui est raconté.
À ce titre, les lecteurs sensibles à l’imaginaire graphique de Tsutomu Nihei devraient naturellement s’y retrouver. Sans être une imitation, Mère Cosmos partage avec des œuvres comme Blame! ce goût pour les univers étranges et les formes de vie atypiques. On retrouve ce même plaisir d’exploration, ce sentiment d’être plongé dans un monde dont on ne possède pas toutes les clés, mais qui n’en reste pas moins fascinant.
Ce qui frappe surtout dans Mère Cosmos, c’est la fraîcheur de son imaginaire visuel. Le manga propose des formes et des situations qui ne donnent jamais l’impression de recyclage. Même lorsque le récit reste simple, l’univers conserve une capacité constante à surprendre visuellement. Cette inventivité suffit à maintenir l’intérêt et distingue l’œuvre dans un paysage où beaucoup d’univers finissent par se ressembler.
L’histoire, en revanche, apparaît clairement secondaire. Elle n’est pas désagréable, elle se suit sans difficulté, mais elle ne constitue jamais le véritable centre de l’œuvre. Mère Cosmos appartient à ces mangas où le récit sert surtout de prétexte à la mise en scène d’un univers graphique. Les événements s’enchaînent sans véritable tension dramatique durable, et l’on retient davantage les images que les péripéties.
À certains moments, l’ouvrage se rapproche presque d’un livre d’images pour lecteurs adultes. Certaines scènes semblent conçues d’abord comme des visions à contempler plutôt que comme des étapes nécessaires du récit. La lecture prend alors un rythme particulier : on avance moins pour savoir ce qui va se passer que pour découvrir ce qui va être montré. L’univers devient le véritable fil conducteur.
Ce choix n’est pas un défaut dès lors qu’on l’accepte pour ce qu’il est. Mère Cosmos ne cherche jamais à être un grand récit complexe. Il assume pleinement sa dimension exploratoire et visuelle. Cette sincérité artistique constitue d’ailleurs l’une des qualités les plus appréciables de l’œuvre : elle ne prétend pas être plus profonde ou plus ambitieuse qu’elle ne l’est réellement, et cette modestie contribue à l’équilibre de l’ensemble.
L’édition est correcte et met globalement bien en valeur le travail graphique. Dans une collection, Mère Cosmos constitue une belle pièce, un ouvrage qui attire l’œil et que l’on prend plaisir à feuilleter à nouveau. L’achat vaut clairement le coup pour qui s’intéresse aux univers graphiques originaux.
En conclusion je dirai que:
Mère Cosmos est un manga qui se distingue avant tout par la qualité de son dessin et la richesse de son imaginaire. L’histoire reste modeste et souvent secondaire, mais le voyage visuel compense largement cette simplicité.
Ce n’est pas une œuvre majeure sur le plan narratif, mais c’est une belle réussite esthétique, capable de proposer des images et des idées visuelles que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour les lecteurs sensibles à l’exploration graphique et aux univers singuliers, Mère Cosmos constitue une découverte qui mérite clairement sa place dans une bibliothèque.
Dans une bibliothèque, ce n’est pas une pièce majeure, mais elle fait partie de ces belles œuvres secondaires qui enrichissent l’ensemble et donnent plus de relief au reste de la collection.