La couverture d'une bande dessinée constitue à bien des égards, la première page de l'oeuvre dont il est question. Elle annonce la couleur... et se doit d'être représentative de la lecture qui suit, de suggérer le contenu d'une histoire, sans en dévoiler ses secrets et ses richesses, car elle doit susciter aussi la curiosité et l'imagination du lecteur. En cela, elle se veut mystérieuse, esthétique et commerciale.

Plus fort encore, dans le cas d'une série, la couverture d'un tome peut répondre à la couverture d'un autre. C'est le cas ici : ce tome 5 de la série Magasin Général intitulé « Montréal » s'oppose au premier tome de la série, « Marie». En quoi ? Sur la couverture du premier tome nous avons Marie qui se trouve à gauche de la couverture, au premier plan, un sourire social forcé masquant difficilement une tristesse intense, celle du deuil, de la perte d'un mari trop tôt disparu. Elle est habillée en noir et se trouve dans la pénombre de son magasin.
A cette couverture s'oppose (répond, même) celle de ce tome 5, où l'on peut voir Marie non pas à gauche mais à droite de la couverture, comme si, de par cette orientation géographique elle faisait face à cette ancienne Marie mélancolique. Ses habits sont composés de couleurs vives, vivifiantes (rouge, orange), ses cheveux sont coupées autrement, comme pour se rappeler elle-même à sa jeunesse. Elle n'a plus ce chignon négligé qui se défait, cette coiffure typique et convenue de femme débordée et rangée, « vieille fille ». Bien au contraire, elle a une coupe et un chapeau d'une élégance qui la rajeunit, la met en valeur, et qui sert ses traits de quadragénaire encore bien fraiche. On aperçoit la ville en arrière plan, ses enseignes, ses lumières, sa richesse culturelle apparente. C'est tout cela que voit Marie qui est sortie de son magasin, de son trou de Notre-Dame Des Lacs, pour y découvrir la ville et ses richesses, ses folies, ses énergies, son dynamisme. Ses yeux brillent, pétillent, sont pleins de vie, de cette vitalité qu'elle croyait avoir perdu.

Depuis l'arrivée de Serge, Marie a changé. Elle prend confiance en elle, s'affirme, se positionne, elle s'écoute, elle prend du bon temps, le deuil se termine et avec la fin de ce cycle la conviction que la vie ne s'arrête pas là, et, bien au contraire, qu'elle a encore de beaux jours devant elle. En somme, c'est la victoire de la vie sur la vie.

Le dessin a quelque chose de chaleureux, de doux et d'agréable, de familial, d'accessible. De plus, la synthèse des dessins de Loisel et Tripp, en plus de promouvoir des auteurs à leur apogée, constitue aussi un symbole d'humilité, ou à tout le moins une mise à l'écart temporaire des egos, une abstraction de soi, dans un art ou la signature d'une œuvre est associée à une marque de fabrique, un style immédiatement reconnaissable. Bravo aux auteurs associés.
ErrolGardner
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le 17 févr. 2015

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Errol 'Gardner

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