Par Julien Bastide

La première chose qui frappe chez Nadja, c’est le dessin. Un dessin qui ne s’embarrasse pas de fioritures, qui recherche la vérité de la pose, de l’expression. Dès les premières pages de Ô cruelle, le pli d’un coude ou le contour d’un visage provoquent l’émoi, le pur plaisir d’être confronté à une forme rare de beauté. Car derrière l’apparente simplicité des formes se cache une recherche de l’épure qui évoque la « naïveté » de certaines traditions picturales dites « primitives ». Nadja est en effet peintre de formation, et c’est de ce côté-là qu’il faut chercher les références possibles, plus que dans le champ de la bande dessinée. Chacune des cases de ses récits sont ainsi autant de mini-tableaux, plus ou moins travaillés, la plupart n’ayant pour but que de soutenir la narration et les dialogues. Car le travail de Nadja n’est pas seulement une recherche formelle, il est aussi passionnant sur le fond.

Venue sur le tard à la bande dessinée après une carrière prolifique dans le domaine du livre jeunesse (Chien bleu, en 1989, c’est elle), Nadja a pris un risque qu’aucun auteur aussi reconnu qu’elle dans cette sphère n’avait pris : se frotter à la fois à un nouveau langage et à des récits adressés à un public adulte. Cette seconde carrière est pourtant une vraie réussite. Prolifique, elle alterne traitements graphiques et types de récit : conte de fées (La Forêt de l’oubli), suspense psychologique teinté de fantastique (l’Homme de mes rêves), drame en costume (les Filles de Montparnasse) et aussi réflexion sur l’acte de création, avec la « Trilogie des ours », entamée avec une adaptation d’Henry James (le Menteur) et poursuivie par deux essais inspirés de son propre vécu de créatrice (Comment ça se fait et Le Coeur sanglant de la réalité). (...)

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Chro
8
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le 28 avr. 2014

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