Une belle claque.
Le récit est particulier, très poétique et silencieux. C'est-à-dire qu'on s'attarde sur les petits rien, que l'auteur n'hésite pas à poser sa narration lentement pour ainsi s'attarder sur une contemplation de la misère ; misère d'un pays qui a l'air abandonné, misère d'êtres qui ne savent pas trop quoi faire quand ils ne sont pas à l'armée, misère de Petar qui trouvera de moins en moins de sens dans le monde qui l'entoure. Je ne m'attendais vraiment pas à ça à la fin tout comme je ne comprends pas ce titre qui met Liza en avant alors que tout tourne autour de Petar (même si Liza prend beaucoup de place une fois qu'il se rencontre). L'auteur n'essaie pas de vendre du rêve, c'est même plutôt le contraire. Mais c'est simple, c'est beau. C'est pour moi une véritable œuvre littéraire qui donne tout son sens au terme 'roman graphique', sans pédenterie, juste parce que la BD n'a pas le temps de s'arrêter en général comme peut le faire un roman, mais ici, l'auteur se le permet.
Le graphisme m'a beaucoup plu. Rien de bien révolutionnaire en soi, j'avais déjà vu ce style en provenance de pays de l'Est donc je pense que c'est du classicisme dans son pays d'origine, mais il y a un telle maîtrise du cadrage. La technique peut paraître lourde, maladroite, pourtant l'on y dégage des ambiances magnifiques, des détails insolites, ... et puis c'est tellement dur de dessiner du bordel, ici c'est dans chaque case de chaque page, et c'est crédible. La laideur n'a jamais été aussi belle.
Bref, un livre superbe. D'un côté j'ai envie de découvrir les autres oeuvres de cet auteur, d'un autre je n'ai pas envie car j'ai trop peur d'être déçu.