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le 2 févr. 2015
SuivreLa prêche aux connards
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Le récit foutraque de Preacher montre les capacités de ses auteurs, capables de rendre un tel fratras d'une grande clarté. Sur la forme, en plus de la construction du récit, on pourra apprécier le trait de crayon, avec les nombreuses expressions des personnages, les attitudes corporelles. Et les couleurs. Rien à dire, c'est bien travaillé.
Sur le fond...
Commençons par ce qui saute aux yeux : la vulgarité exacerbée du machin. Idéal pour rallier les suffrages de ceux qui y verront un coup de pied dans la fourmilière. Mais...
Tout le monde, absolument tout le monde, est de la vulgarité la plus crue. Ce qui fait que personne ne l'est. Cela rend l'univers de Preacher vulgaire, mais ses personnages se fondent dans une norme. Paradoxal. Mon opinion, renforcée par les lettres aux lecteurs ponctuant les épisodes, est que les auteurs voulaient juste s'amuser avec un tel vocabulaire. Il ne faut pas chercher plus loin. L'un d'eux dit qu'il pense qu'on entend autant de vulgarité dans le monde que dans sa BD. Je suppose que cela dépend de qui l'on fréquente. Je ne suis pas convaincu.
Où veux-je en venir? Simplement à ceci que ce qu'on voit comme iconoclaste n'est en fait qu'un peu d'humour, et que ces constants dérapages verbaux en deviennent à peu près aussi choquants que les vitupérations du capitaine Haddock. Mais pas aussi drôles.
Et c'est en fait ce pour quoi il faut prendre Preacher : une vaste blague.
De mauvais goût?
Eh bien, un peu quand même. Des fois, cela joue contre Preacher, sauf à y voir justement quelque chose de sulfureux, une diatribe contre la société. C'est à mon avis y voir une profondeur exagérée : Preacher n'a pas cette ambition. Ou s'il l'a effectivement, c'est pas très réussi. L'ensemble est bien trop farfelu pour que l'on puisse y reconnaître quelque chose de réel, ce qui est tout de même le fondement de toute satire efficace.
De la noirceur?
Même pas. De la violence et du sanguinolent jusqu'à la nausée, d'accord. Mais est-ce que cela suffit à créer une atmosphère sombre? Il suffit de se rappeler les comics d'Alan Moore et de comparer : rien à voir. Il y a bien un effort en ce sens, vers la fin du volume, avec la sympathique parenté du révérend Jesse Custer, mais c'est trop grotesque pour fonctionner : encore une fois, c'est plutôt drôle, et je pense que c'est fait exprès. Sinon, franchement, à quoi sert le personnage de John Wayne, sorti de son écran de télé afin d'aider notre héros? J'imagine d'ailleurs qu'en association, le nom de Jesse Custer est censé rappeler l'héritage historique du pays?
Pour en faire quoi?
En fait, je crois que voilà la meilleure preuve que ce comic ne se veut même pas subversif : c'est un hommage aux Etats-Unis, vus d'outre-Atlantique!
Au final, Preacher est une lecture assez amusante, à laquelle on pardonnera les dérapages ridicules grâce à la maestria avec laquelle le récit est mené. Une comédie gore que les lecteurs ont érigé en oeuvre culte et iconoclaste, tant mieux pour eux, mais peut-être qu'il vaut mieux ne pas trop en attendre pour l'apprécier mieux.
Afin de la trouver simplement distrayante, ce qui était je pense sa seule ambition à l'origine.
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hier
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