Après avoir écouté un super podcast First Print - encore merci à Nabu pour la recommandation - consacré à Ed Brubaker sur plus de 2h40, je me suis rendu compte que tout mon corps, tout mon être, tout mon cœur et toute ma tête n’avaient plus qu’une seule envie : lire du Brubaker. Oui, rien que ça !
L’un des intervenants du podcast, Antoine Bigor, m’a surpris en expliquant que son Brubaker préféré, c’était Pulp. Ça m’a étonné parce que de mon côté, je n’en gardais pas un grand souvenir. J’avais gardé en mémoire un truc cool mais sans plus. Et sachant que c’est un récit assez léger en termes de pages, 75 à tout casser, ça a piqué ma curiosité. Je me suis donc dit qu’une relecture serait clairement de mise, d’autant plus que le format court facilite la chose.
Et très rapidement, j’ai réalisé que j’allais regarder l’œuvre avec un tout autre regard que celui d’il y a quatre ans. Peut-être que ce sont aussi mes expériences de lecture depuis ou ma culture comics/BD qui s’est développée. Ou peut-être simplement le pouvoir de la relecture : ce moment où, parfois, on apprécie une œuvre d’une autre façon, ce qui est d’ailleurs souvent synonyme de qualité.
Pour revenir au récit, ce qui ressort surtout, c’est son côté mélancolique, presque fataliste. Une mélancolie tournée vers une époque, mais aussi vers une vie entière, celle de Max Winters, notre personnage principal, avec le sentiment d’une société qui n’ira jamais dans le sens de la vie qu’il espérait, et à travers lui, celle espérée par toute une génération.
Et puis, il y a tout le talent de Brubaker, qui déploie son histoire de façon super efficace dans un récit court et percutant. Il y montre toute sa maîtrise à travers une histoire qui s’éloigne légèrement du polar pour toucher au western d’un côté et au drame de l’autre. Il y mêle des éléments personnels ou caractéristiques de ce qu’il aime écrire, avec un Max Winters scénariste pulp et homme marqué par le poids de sa vie. Tout ça, c’est du pur Brubaker, surtout si on y ajoute son regard critique sur la société, avec ici une mise en lumière de cette période d’avant-guerre et des mouvements nazis/pronazis aux États-Unis, ou encore, dans un autre registre, celle du début de l’exploitation des auteurs de comics.
Le tout m’a laissé une très bonne impression. C’est vraiment comme si je redécouvrais l’œuvre. Ça montre bien que parfois, une relecture permet de voir les choses autrement, et c’est toujours un vrai kiff. Et peut-être qu'être aujourd’hui replongé dans cette magnifique Amérique trumpiste change le regard sur les choses.
C’est marrant, mais en finissant cette revue, j’ai déjà envie de le relire, puis d’enchaîner sur Criminal, Gotham Central, Reckless, Sleeper, Friday, Fondu au Noir (mon préféré), Killed or Be Killed… Pfiou! Quand on les énumère comme ça, c’est presque vertigineux ! Et ça valait bien 2h40 de podcast !