Une petite série en 5 tomes qui manipule avec allégresse les tendances ésotériques chrétiennes des deux premiers siècles après JC, notamment le gnosticisme, un courant concurrent considéré comme hérétique par le catholicisme… tout un programme !
En transposant jusqu’à notre époque la survivance de cette secte gnostique, le scénariste Masao Yajima imagine une histoire comploteuse à la Da Vinci Code et assimilés (et plus si affinités), récupérant et exploitant le folklore judéo-chrétien d’une manière assez réjouissante à dire vrai. Il s’est bien sûr appuyé sur ces étranges manuscrits de la mer morte qui constituent autant d’apocryphes qui ne laissent pas de fasciner, qu’on soit croyant ou athée.
Hélas, l’histoire de l’auteur Yajima se délite au fur et à mesure des tomes en incorporant des éléments de science-fiction de plus en plus délirants voire plus délirants encore que les discours des illuminés d’antan avec en point d’orgue une fin en (Deus) ex machina qui frise le ridicule d’un peu trop près.
En outre, si l’anti-héroïne ballottée par les évènements de son destin christique est un excellent choix, on ne peut en dire autant du débilos supra-débile qui l’accompagne et la suit presque partout ! un abruti grimaçant censé détendre l’atmosphère, décidément très mal venu ici.
L’héroïne justement (et divinement) dessinée par Boichi, cet auteur habituellement spécialiste des BD de cul (ou de publications plus ou moins suggestives) et qui dessine également tout le reste du manga soit dit en passant, ne laisse pas voir sa petite culotte aussi rapidement que l’on aurait pu s’y attendre. Un choix bien venu de Boichi qui sait rester d’une sobriété étonnante et ne nuit pas ainsi au sérieux souvent grandiloquent de l’intrigue.
Ce qui ne veut pas dire qu’il reste sérieux comme un pape non plus, bien au contraire. On a de quoi reluquer à certains moments-clés, Dieu merci... En dehors des voitures qu’il rate à chaque fois, Boichi dessine en outre de superbes décors tout aussi pointus et précis que ses personnages, ainsi que les corps et visages très détaillés de ceux-ci : un très beau travail en vérité.
Malgré ses maladresses désagréables ici et là, Sanctum vaut néanmoins un petit détour pour son originalité certaine et son ambiance bizarre et comploteuse.