J'ai cliqué sur ce truc par hasard sans voir la couverture, parce que j'avais vu un dessin random ailleurs et j'ai trouvé qu'elle dessinait bien les yeux.
Cette BD c'est à 100% un fantasme de viol de fujoshi, càd un couple gay qui suit des codes balisés de domination, écrit par une femme pour un public féminin. C'est complètement irréaliste, d'une rare violence, et 100% red flag à tous les tournants. J'ai envie de dire "passé un certain point ça devient uniquement de la pornographie", mais en fait c'est faux, dès la page 1 c'est de la pornographie et ça devient passé quelques épisodes de l'ultra-pornographie, càd qu'il se passe rarement un épisode sans que quiconque s'envoie en l'air et je crois que c'est seulement sur la toute fin qu'on peut qualifier quelques rapports sexuels de consentants, tous les autres sont des viols en bonne et due forme.
Alors, pourquoi j'ai continué à lire ? Parce que malgré le cliché absolu, je me demandais comment l'autrice allait faire pour faire transiter les personnages dans une relation consentante et si ça allait marcher. C'est bien écrit donc ça fonctionne et c'est intéressant bien que ce soit toxique as fuck. Mais genre... vraiment toxique. Genre j'ai rarement lu un truc plus toxique qui s'assumait autant et pourtant je lis pas mal de BD.
Ce que je retiens surtout : la finesse du dessin et surtout des yeux des personnages, c'était intéressant comme dans un webtoon où tous les personnages avec ce style "animé" sont identique au point de s'y perdre (et en plus portent les mêmes vêtements vu qu'ils ont des uniformes), l'autrice choisit de les différencier... à la forme de leurs sourcils. L'incroyable détail des émotions dans leurs yeux et la diversité de leurs sourcils est honnêtement la chose qui m'a le plus marquée et la raison principale qui m'a fait tourner la page. J'ai aimé aussi qu'il y avait quand même un semblant de justice, càd que même si le perso principal se retrouve prisonnier par un noble car il est pauvre, on ne peut pas faire n'importe quoi non plus, si on zigouille du monde il y a quand même la police de l'ère Joseon qui te met en prison. J'aime bien aussi que malgré tout la personnalité des personnages est bien déballée progressivement, ce qui fait que ça se lit très facilement. L'approche des dessins érotiques est intéressante et je pense que si elle s'était penchée plus sur ça que sur les viols débridés avec syndrome de Stockholm, ça aurait pu être beaucoup plus intéressant. Et finalement, j'aime que la qualité du dessin est identique tout le long, et que l'histoire est terminée et que ça se termine bien, même si la fin est très ennuyeuse car vraiment encore plus prévisible que le reste.
Ce que j'aime moins : le cliché du couple avec un gars en haut et un gars en bas avec l'un des deux qui est plus petit est très féminin, je sais que c'est devenu un genre au point où on en est mais j'aime pas du tout, je trouve ça boring et ça met direct dans une case. C'est un peu répétitif aussi, le moyen de séduction du gros énervé c'est essentiellement d'enfermer le petit dans sa chambre jusqu'à ce qu'il change d'avis, c'est très bizarre j'aurais pensé qu'il se passerait autre chose plus tôt dans l'histoire, mais ça tient vraiment du fantasme que quelqu'un aurait pu garder pour soi et l'humanité n'aurais pas perdu grand chose.
Il y a sûrement quelqu'un qui va lire cette critique et me dire "pourquoi ça ça passe et pas Bastien Vivès", "pourquoi tu soutiens la culture du viol" blablabla. C'est long et j'ai la flemme de taper car il est 4h du mat donc je mets juste quelques points sur lesquels vous pouvez réfléchir tout seul :
- Vivès est primé à Angoulême comme parmi les meilleurs bédéastes pour un truc moins bien que ça et disponible pour les enfants à la FNAC. Cette BD est gratuite ou quasiment et disponible en ligne en Corée ou sur des sites piratés
- Les dessins de Vivès sont pédophiles, cette BD non
- Cette BD a malgré tout une intrigue psychologique et politique qui se prend un peu au sérieux et qui a une ambition de réalisme historique
- Cette BD met du viol partout mais c'est présenté comme une mauvaise chose malgré le regard complètement lubrique qui est proposé, celle de Vivès non
- etc
En gros, ce n'est pas de coucher sur papier ses fantasmes qu'on reproche à Vivès, c'est surtout la pédophilie et la malhonnêteté des éditeurs qui présentent son travail comme une merveille du 9ème art alors que c'est un joli torchon dans lequel il se branle. Il y a une place pour la pornographie et l'ultraviolence dans la BD, il suffit de lire Berzerk, ça existe et ce n'est pas un problème - ça reste des traits sur du papier. Le problème c'est où c'est publié, et pour qui.