Si vous avez aimé la vendetta de Kill Bill, alors Search & Destroy devrait vous plaire.
Atsushi Kaneko signe une réinterprétation audacieuse de « Dororo » (1967) du légendaire mangaka Osamu Tezuka, transposée dans un univers cyberpunk post-apocalyptique. Pas besoin de connaître l'oeuvre originale pour plonger dans cette version, le manga se tient parfaitement par lui-même.
Le monde dépeint est ravagé, corrompu, et profondément fracturé. Humains et robots y cohabitent difficilement, dans un climat de haine et de suspicion où la lutte des classes se double d'un conflit entre organique et mécanique. C'est dans ce décor sombre que surgit Hyaku, l'héroïne de l'histoire. « Augmentée », elle l'est dans le sens où son corps n'est plus seulement humain : prothèses, implants et pièces artificielles l'ont transformée en une créature à la fois fascinante et terrifiante. Mais derrière cette apparence de guerrière cybernétique se cache une vérité tragique : Hyaku n'a pas choisi cette condition. Son corps originel lui a été volé, morcelé en quarante-huit fragments subtilisés par des robots. Sa quête est donc une traque, une mission sanglante pour récupérer ce qui lui appartient et retrouver son humanité perdue. D'une certaine manière, Hyaku rappelle La Mariée de Kill Bill (film inspiré d'un manga d'ailleurs). Comme le personnage incarné par Uma Thurman, elle avance avec une détermination implacable, cochant un à un les noms d'une liste macabre.
Cette chasse prend un tournant inattendu lorsqu'elle croise la route de Doro, un jeune orphelin qui deviendra son compagnon de route et une ancre émotionnelle dans ce monde chaotique.
Le récit est d'une efficacité redoutable : trois tomes seulement, sans temps mort, une tension dramatique qui ne lâche jamais le lecteur. Si la structure du scénario reste assez classique – une quête linéaire ponctuée de confrontations successives – elle est transcendée par la force visuelle et le ton de Kaneko, à la fois désabusé mais laissant planer des lueurs d'espoirs. Son trait tranchant, presque abrasif, colle parfaitement à ce monde désolé, offrant une atmosphère unique entre chaos punk et élégance graphique ainsi qu'un rappel old school à l'oeuvre originale.
La violence est frontale, le cynisme omniprésent, mais le récit n'en reste pas moins profondément humain. On retrouve des thèmes lourds mais universels : la guerre, la différence et la tolérance, la filiation, l'injustice sociale, mais aussi, et surtout, le transhumanisme et sur ce que signifie réellement « être humain ». Qu'est-ce qui définit l'humanité lorsqu'on en remplace une grande partie par des pièces artificielles ?
Search & Destroy est une oeuvre coup de poing, viscérale, intense, sans concession, qui nous embarque dans une spirale de violence mais qui, paradoxalement, ne cesse d'interroger la possibilité de rédemption et de tendresse dans un monde brisé. A la fois hommage à Tezuka et création singulière, ce manga est pour moi une oeuvre marquante.