Qu'il est doux ce petit sentiment de lecture, lorsque dès les premières pages, on se sent embarqué et qu'on sait déjà qu'on va passer un bon moment. Évidemment, c'est ce qui m'est arrivé dès les premières pages de Seconds, ce comics avec un charme particulier, ce petit quelque chose qui accroche et qui réveille en nous tout un tas de petites sensations.
Difficile de parler de Seconds sans rappeler qu'il s'agissait du grand retour de Bryan Lee O'Malley après Scott Pilgrim. Publié en 2014, ce one-shot de plus de 300 pages arrivait après l'énorme succès de sa série culte, avec une histoire plus adulte, plus introspective. Une œuvre importante dans sa bibliographie, sans être pour autant un simple nouveau Scott Pilgrim. Et ça passe par pas mal de choses.
D'abord par la narration, qui possède un vrai petit grain cinématographique. Elle joue directement avec le lecteur, mais aussi avec Katie, notre protagoniste, et apporte régulièrement cette petite touche d'humour qui accompagne finalement tout le récit. Et Katie, justement, parlons-en. Elle est pétillante, marrante, avec ce petit côté bien relou qui la rend surtout très attachante. Elle sait ce qu'elle veut… jusqu'à ce qu'elle se rende compte que ce qu'elle veut n'est pas forcément ce qu'elle devrait faire. Et sans trop en dire sur l'histoire, c'est évidemment au cœur de ce que raconte Seconds.
Sinon, j'ai aussi beaucoup aimé le travail sur les cases. O'Malley joue pas mal avec leur disposition, avec les dialogues, la narration, les personnages et l'action narrative. Il y a une vraie recherche de rythme dans la mise en page, et ça participe beaucoup à cette sensation de lecture très fluide.
Et puis il y a le dessin. Un dessin de personnages volontairement simple, presque enfantin, qui contraste avec des décors beaucoup plus fouillés. Le tout est extrêmement propre et, surtout, capable de produire de très belles choses. J'ai encore en tête une page où Katie est allongée au sol, les bras en croix, tandis que l'ombre d'une fenêtre vient quadriller son corps au milieu de la lumière. Une image toute simple, mais vraiment propre !
Ajoutez à ça une bonne dose de fantastique, quelques idées assez malignes et une vraie personnalité graphique, et vous obtenez un comics qui possède définitivement son propre grain.
Alors oui, je peux comprendre que ça ne fonctionne pas avec tout le monde. Son côté parfois enfantin, son humour et certaines de ses bizarreries peuvent tenir à distance. Moi, en revanche, j'ai vraiment adoré. Même si j'ai un léger bémol sur sa longueur. Avec plus de 320 pages, Seconds se lit pourtant très facilement et très rapidement, mais j'ai parfois eu l'impression que la boucle scénaristique tournait un peu en rond. On se perd légèrement dans le mécanisme qui se met en place, sans qu'il n'y ait rien de rédhibitoire, loin de là.
Parce qu'au final, ce que je retiens surtout, c'est cette sensation de lecture. Ce truc un peu difficile à expliquer qui fait qu'un livre nous attrape plus qu'un autre. J'avais ressenti quelque chose de similaire avec I Kill Giants, qui avait été un gros coup de cœur pour moi. Rien à voir dans le style ou dans l'histoire, mais cette même impression de m'attacher à un personnage et de prendre énormément de plaisir à simplement passer du temps avec elle.
Et ça, pour moi, c'est probablement l'une des grandes réussites de Seconds. Un drôle de comics, très personnel, parfois enfantin, parfois touchant, souvent drôle, et surtout avec une vraie personnalité.
Et un grand merci à Yumiqote, qui avait vraiment très bien parlé de ce comics et m'avait donné envie de le découvrir. On ne partage pas exactement le même ressenti, mais on se retrouve sur beaucoup de choses, et c'est toujours cool de voir deux lectures se croiser comme ça.
Pour conclure, Seconds, c'est exactement le genre de lecture que j'adore voir passer et il ne me reste plus qu'une chose maintenant : lire Scott Pilgrim, évidemment !