Something is Killing the Children a incontestablement une saveur de Buffy. James, notre petit héros le dira lui-même lorsqu’il a vu apparaître Jessica pour la première fois, c’était comme voir un super-héros sortir de ses comics préférés. Sa présence l’a rassuré, comme si elle allait sauver la ville, lui offrir une happy end. Sauf que…


Je ne suis pas un super-héros, juste une fille triste et fatiguée qui sait tuer ces bestioles, et qui fera tout son possible pour terminer ce qu’elle a commencé.

Plus sombre que Buffy, peut-être. Mais tout aussi ingénieux dans son rythme et sa veine teenage. James Tynion, à l’image de son confrère Joss Whedon, ont une acuité impressionnante quand il s’agit de replonger dans leur adolescence afin de croquer de véritables personnages. Et tout comme Joss, James réoriente l’horreur, il la réaménage dans des lieux ruraux. Bien loin du folklore traditionnel, bien que tout ceci commence dans une forêt – lieu en lisière des contes et où la magie subsiste, du moins dans l’inconscient collectif –, les monstres vont rapidement investir le cœur de la ville. En tout cas, c’est la promesse de la conclusion de ce second tome.


L’horreur n’est plus féerique ou ancestrale, mais bien accessible aux yeux de tous. Ce qui est le plus terrifiant, dès lors, ce ne sont pas tant les monstres que l’incompréhension, voir le déni, des autorités et des habitants devant ce film d’horreur s'étant échappé de son écran.


Dans ma précédente critique, j’avais omis de parler du style de Werther. Or, même si beaucoup pense qu’il s’agit du gros point faible de la série (ça et les dialogues à rallonge de James, j’y reviendrais), personnellement, je les trouve en accord direct avec l’histoire. il n’y a qu’à voir la galerie de couvertures à la fin du tome pour prendre conscience à quel point ceux de Werther sont bien plus incarnés que ceux de ses paires. Le trait est vif, hagard, presque précipité mais sachant parfaitement quel détail mettre en valeur. Les couleurs, quant à elles, sont vraiment travaillées, notamment celles qui s’efforcent à donner une texture à ces scènes de nuit en forêt.


C’est la jonction parfaite entre la brusquerie des dessins propre aux shonen, alliée à la précision plus ample du comics. Un savant entre-deux, un trait d’union entre deux cultures. Le meilleur exemple reste cette profusion de doubles-pages, autant lorsqu’il est question de fragmenter des scènes de dialogues, que lorsqu’il est question de passer à l’action. Certes, je l’avoue, les monstres ne sont pas du plus bel effet. A ce niveau, Werther, c’est un peu faiblard. Mais ce ne sont que la première occurrence, à voir les suivants au fil des tomes.


En ce qui concerne les dialogues si « écrits » de James, encore une fois, à mes yeux, cela ne me perturbe pas outre mesure. Au contraire, quand je le lis un comics, contrairement au visionnage d’un film ou d’une série, j’avoue venir chercher quelque chose de plus « lyrique » ou romanesque. Et c’est clairement ce que nous sert l’auteur. Des dialogues travaillés, provocants et pertinents, sans jamais omettre l’émotion et la vraisemblance. D’ailleurs, ce n’est pas le franc parler et la sècheresse d’Erica qui me fera démentir. Puis faut pas déconner non plus, aller lire un tome de Hellblazer ou Preacher, et vous verrait ce que c’est d’avoir la parlotte.


Pour en revenir à l’histoire, à l’image du précédent tome, James nous offre encore une impeccable maitrise et une distillation des éléments du lore parcimonieuse. Ainsi, nous apprenons qu’Erica s’est faite recruter par la Loge du Massacre alors qu’elle n’avait que 8 ans et qu’elle a assisté à la mort de ses parents et meilleure amie entre les griffes d’un monstre. Ledit monstre dont l’âme fut enfermée dans sa peluche préférée, la même qu’elle se traîne aujourd’hui et qui lui sert d'encyclopédie / classeur à monstre.


De même, nous voyons pour la première fois le QG de la Loge du Massacre à Chicago. Ayant pour véritable nom l’Ordre de Saint-Georges et qui s'avère être, si j’en crois mes recherches, le Saint-Patron de la chevalerie chrétienne et pourfendeur du Dragon. Il est également l’allégorie de la victoire de la foi chrétienne sur le démon ou plus largement du bien sur le mal.


Nous faisons par la même la rencontre avec Aaron, jeune camarade d’Erica, celui qui ne faisait que la biper lors du premier épisode. Il est mandaté par ses supérieurs lui donnant une mission : d’aller nettoyer toute cette pagaille à Archer’s Peak. Le mot nettoyer peut clairement se lire comme « éliminer » les témoins. Car, comme le dit Erica à Aaron une fois sur place, la loge fait « plus pour cacher les morts d’enfants que pour les empêcher. » À l’instar du Department of Truth, on suit donc encore une héroïne ayant cru rentrer du côté des bons et qui a vite déchanté.


Au sujet d’Erica : elle est toujours aussi badass et fascinante. Le fait d’en apprendre un peu plus sur son passé, en particulier qu’elle a réussit à blesser un monstre dès l’âge de 8 ans, ne fait que renforcer l’admiration qu’on ressent pour elle. Et puis, par contraste de ses employeurs, elle fait office de mère courage. Ou pour l’Ordre : d’un chien errant qu’il serait bon de piquer. Son goût pour l’insoumission aux règles / protocoles ne font qu’aligner les médailles à son CV de rebelle au grand cœur.

C’est ça qui vous échappe, à tous. Pendant que vous vous souciez des règles, les gens, les vrais, ils morflent.

Parmi les grandes idées de ce tome, je retiens surtout le personnage d’Aaron, présenté d’abord comme un salopard sans cœur, qui sera prêt à l’ultime sacrifice à la fin, mais aussi l’image de cette petite fille qui grandit en second plan de pas mal de cases au fur et à mesure des chapitres, et dont la mort lors de l’arrivée du monstre sur la foule, alors qu’on ne la connaît même pas, est un crève-cœur d’une violence inouïe. De même que cette autre gamine qu’a secouru Erica de l’antre du monstre et qui semble affublée d’un sévère syndrome de Stockholm, refusant qu’on fasse du mal aux moindres monstres, arguant que ce ne sont que des « bébés », ce qui apporte un peu plus de relief à cette boucherie ne donnant jamais dans la glorification de la violence ou le sensationnalisme horrifique.


Conclusion : un second épisode tout en tension, à la maîtrise scénaristique toujours aussi aiguisée, et qui nous révèle à quel point James Tynion est un splendide architecte pour bâtir des mondes et pour y placer des personnages aussi vrais que nature. A suivre…

Nous ne sommes pas des héros mais des chasseurs, ne l’oublie jamais.
OuaZz
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le 27 mai 2026

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