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Passage obligatoire
Passage obligatoire dans le passé d'Eica avec le quatrième tome de "Something is Killing the Children".Bien que l'issue de l'histoire ne réserve pas de grandes surprises, l'exploration de...
le 13 juil. 2023
Tous les monstres qui vivaient sous ton lit et auxquels tu refusais de croire. Ils existent.
Comme sa carrière ne le prouve pas du tout, quand il était petit, James Tynion n’était pas particulièrement versé horreur. Au contraire, c’était un gosse pétri de terreurs nocturnes qui trouvait refuge dans ses comics de super-héros et ses shōnen les plus lumineux. Mais quand est venu le moment d’écrire ses propres histoires, quand cette passion lui est tombée dessus comme une enclume, il n’a pas vraiment eu le choix. La plupart des récits qu’il se racontait avaient beau mettre en scène des héros ou des êtres aux capacités extraordinaires, quelque chose de plus sombre se cachait toujours au cœur du récit. Ses cauchemars y avaient trouvé une échappatoire.
Pourtant, le jeune auteur peinait à croire que des comics d’horreur puissent réellement trouver leur place sur le marché. Puis est arrivé The Walking Dead. Cette découverte, au lycée, couplée à celle de Sandman, agit comme une révélation : le comics pouvait tout raconter. Tous les genres, toutes les sensibilités, à condition de bâtir une constellation de personnages suffisamment forte pour nous y accrocher.
Évidemment, nous sommes alors au début des années 2000. Tynion émerge à une époque où les frontières entre les genres se brouillent et où Internet devient un véritable eldorado pour les créateurs de BD. Dans plusieurs interviews, il décrit cette période comme une épiphanie permanente, une source inépuisable de stimuli pour son imaginaire. À ses yeux, toutes considérations politiques mises à part, Internet a produit le même sentiment de libération que la chute du mur de Berlin : l'impression grisante que tout devenait soudainement possible.
Même si ses débuts se font dans l’ombre de son mentor, Scott Snyder, chez DC Comics, et qu’il apprend longtemps par-dessus son épaule, il conserve cette appétence pour l’horreur et les récits d’adolescents confrontés à l’indicible. Il le résume lui-même mieux que personne :
Je crois que j'aime le genre horrifique car il offre une grande liberté créative. Il n'y a aucune obligation de finir sur un happy end, vous pouvez explorer des lieux lugubres, les facettes les plus sombres de l'être humain, mais aussi développer des relations humaines plus honnêtes. Malheureusement, je trouve que nombre de récits « young adult » sont trop souvent édulcorés. Ils virent généralement vers quelque chose de plus fantaisiste, qui n'est pas fidèle au monde réel. Je pense qu'en s'autorisant à conclure ces histoires sur des notes plus inquiétantes, dans des endroits laids et avec des personnages cruels ou malveillants, on offre une représentation de notre monde plus conforme à ce qu'il est vraiment.
Tout ce qu’il écrit est profondément humain. Sérieux, sincère, souvent tourné vers l’empathie. Mais aussi traversé par une forme de pessimisme à l’égard de notre espèce. Chez lui, les monstres les plus effrayants ne sont presque jamais ceux qu’on croit. J’y reviendrai sans doute dans le prochain tome avec l’arrivée d’une nouvelle chasseuse. Pour l’heure, il est surtout temps de découvrir le passé d’Erica et les circonstances de son admission dans la Loge alors qu’elle n’avait que 11 ans.
Comme on pouvait s’en douter, ce flashback s’ouvre comme une parenthèse entre deux arcs narratifs. Tynion nous replonge dans le massacre qui a bouleversé son existence : le meurtre de ses parents, celui de sa meilleure amie, et l’arrivée in extremis de Jessica, une chasseuse de monstres venue nettoyer les dégâts. Sauf qu’à son arrivée, Erica tient déjà un couteau planté dans l’œil de la créature.
À partir de cette simple image, tout est dit. Erica n’est pas comme les autres. Comme dans n’importe quel bon shōnen, elle possède quelque chose de singulier, une anomalie qui la distingue immédiatement du reste du monde. Mais là où la Loge pourrait choisir de l’éliminer pour préserver ses secrets, Jessica décide au contraire de la prendre sous son aile et de l’intégrer à l’ordre.
Tynion en profite alors pour nous faire visiter les coulisses de cette organisation et détailler sa hiérarchie :
Puis vient alors l’épreuve d’initiation d’Erica. Celle qui décidera si elle est d’attaque à rejoindre la Loge ou non. Et quelle scène.
La jeune fille doit entrer en symbiose avec le monstre qui a massacré sa famille, désormais enfermé dans sa propre peluche. Elle est plongée dans une sorte de transe / rêve où elle doit affronter la créature sur son propre terrain : revivre son trauma. Au sein de l’organisme, personne ne croit qu’elle puisse réussir. Pourtant, cette gamine ne recule pas d’un centimètre. Elle serre les dents, encaisse et finit par prouver sa valeur.
Ce tome est donc avant tout un volume de révélations. Une séance de déplombage mythologique où Tynion soulève progressivement le rideau sur les rouages de son univers. Et, pour être honnête, ce n’est pas seulement le spectacle du mystère qui m’intéresse dans cette série. C’est aussi le désir irrépressible de découvrir ce qui se cache encore derrière le rideau. Alors forcément, quand on nous laisse entrevoir une miette du lore de la Loge, on ne peut que fantasmer en comblant les trous, notamment au sujet de ce que font réellement les Masques d’émeraude. De là, une seule pensée me tape en continue sous le crâne : Je veux voir Erica affronter un putain de DRAGON !
D’autant que le chapitre 20 se conclut justement sur un échange fascinant entre Erica et le Dragon, chef de la Loge Slaughter de Chicago. Selon lui, cela faisait longtemps qu’ils attendaient quelqu’un comme elle. Quelqu’un de sa trempe. Autrement dit : un monstre. Car après tout, qui mieux qu’un monstre pour en chasser d’autres ? Dès lors, son courage nous apparaît comme quasiment terrifiant et anormal. Tynion implante un joli conflit interne dans la tête de son héroïne, à savoir que sa force pourrait naître de sa monstruosité qu'elle ignore. Quelqu’un a dit Chainsaw Man ?
Une idée qui, alors qu'elle n'a que 11 ans, rappelons-le, la ronge. Erica demande même à sa mentor si avoir survécu fait d’elle quelqu’un de mauvais ? Mais nan, lui affirme-t-elle, au contraire : elle va devenir la meilleure d'entre eux. J'avoue qu'à la lecture de ce passage, je faisais pas le fier. Parce que derrière cette question se cache sans doute l’un des thèmes les plus touchant de la série : la culpabilité des survivants. Mais aussi le fardeau qui est celui d'Erica (pas si éloigné d'un certain Gutz) : mettre sa "monstruosité" au service du "bien", la dompter comme elle peut pour une cause juste.
Conclusion : un tome encore meilleur que son précédent qui nous en révèle tout juste assez pour répondre à nos questions, mais trop peu pour nous priver de l'envie de continuer à sillonner les routes des Etats-Unis en si bonne compagnie. A suivre...
Ce n’est pas parce que c’est faux que ça ne peut pas faire mal.
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il y a 19 heures
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