J'ai dévoré les 400 pages de ce récit autobiographique qui suit l'auteure durant son adolescence. On y découvre le quotidien d'une jeune sportive de haut niveau qui consacre chaque jour plusieurs heures à son entraînement : la BD rend ainsi l’investissement et les efforts consentis très concrets, on saisit à quel point cette pratique impacte sa vie, entre fatigue permanente due à un emploi du temps surchargé et déplacements à travers les Etats-Unis pour des compétitions, vécus comme des bulles de liberté.
La présentation de l’univers du sport de haut niveau est passionnante, qui plus est avec cette pratique très codifiée qu’est le patinage. La discipline se fonde sur une vision bien spécifique de la féminité : être une patineuse va de pair avec les lourdes couches de maquillage et les tenues aux jupettes courtes (je ne me remets pas de l’épisode où l’on nous explique que les patineuses sont priées de laisser leur culotte au vestiaire, il ne faudrait quand même pas que le jury en voit l’élastique sous la tenue…) Quand on est une adolescente en pleine construction, cela peut créer une dichotomie entre ce que l’on est et l’image que l’on doit renvoyer aux autres. Le patinage synchronisé va encore plus loin dans la négation des individus, il impose à chacune de rentrer dans un cadre défini. L'adolescence n’aime déjà pas beaucoup ce qui s'écarte des normes admises par le groupe, le phénomène s’en trouve encore démultiplié dans cette discipline où les patineuses doivent effacer leurs singularités pour ne faire qu'un.
L’auteure livre une réflexion qui m’a beaucoup intéressée par rapport à l’influence de son vécu sur sa pratique du patinage : celle-ci se nourrit notamment des évènements qui impactent l’estime de soi et / ou le rapport entretenu avec son corps, ce qui va l’infléchir et faciliter le mouvement, ou au contraire paralyser et empêcher d’effectuer des sauts.
Au-delà de l’aspect sportif, on verra Tillie grandir, se chercher, apprendre à gérer le regard des autres et s’affirmer. L’homosexualité de l’auteur n’est pas éludée mais n’est pas l’élément fondamental du livre comme semble l’indiquer la 4e de couverture. En fait, c’est assez rafraîchissant de voir le sujet être traité sans pathos : l’auteur a eu conscience très tôt de sa différence, elle en pressentait les conséquences et savait qu’il était préférable de taire cette part d’elle-même pour le moment, mais elle ne vivait pas dans le déni et acceptait parfaitement qui elle était.
Spinning relate un morceau de vie avec ses épreuves, ses doutes, ses rencontres, ses étapes pour se construire. Le ton est juste, sans apitoiement, c’est une adolescence ordinaire, avec ses bons moments et ses difficultés.