Dans mon top des comics 2020’s, j’avais déjà deux Tom King en tête, avec Rorschach et Strange Adventures, et je me demandais si Supergirl allait rejoindre le lot.
C’est un livre qui me faisait grave envie pour plusieurs raisons : une, et la plus évidente, c'est que je deviens de plus en plus fan du King. Puis, en voyant qu'au dessin, Bilquis Evely avait gagné un Eisner, qu’elle était brésilienne et que c’était donc une femme (il n’y en a pas énormément au dessin dans le monde du comics), je me suis dit : « Ok, allez hop, Supergirl – Woman of Tomorrow, c’est pour aujourd’hui ! »
Ce qui m’a frappé dès le début, c’est cette sensation immédiate de fantasy. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé à Jaworski et à son Même pas Mort. Alors même si ça n’a absolument rien à voir, j’ai été agréablement surpris de ressentir cette impression ici. C’est peut-être à cause du style ampoulé de la narratrice, Ruthye, une jeune fermière endeuillée qui jure de venger son père. Pour se donner une idée de ce style quasi chevaleresque :
« Sache que c’est une épée de grande valeur ! Et ce n’est pas forfanterie que d’affirmer combien son tranchant te serait fatal ! Je te préviens ! Si tu insistes, bientôt tu sentiras la froideur de sa lame dans tes entrailles ! »
Rien que ça, j'adore !
Ensuite, on est plongé dans un road trip interplanétaire, tout simplement sublimé par les dessins Bilquis Evely, qui n’aura vraiment pas volé son Eisner, même si celui-ci a été décerné pour une BD qui va bientôt sortir en France, Helen of Wyndhorn. Ici, elle brille par sa minutie et sa créativité dans les décors. Tout cela est magnifié par les couleurs de Matheus Lopes, lui aussi Brésilien, qui prolonge superbement la dimension émotionnelle du dessin d’Evely. Le résultat laisse alors une empreinte assez unique dans le monde du comics mainstream, un peu comme chez Daniel Warren Johnson, par exemple.
Mais parlons maintenant un peu du King ! Quand on me dit ne pas être branché comics de super-héros, je parle alors toujours de lui, parce qu’il a le don de rendre ses personnages proches et humains. Même avec Supergirl, un personnage qui me laissait vaguement froid à la base, il livre encore un scénario solide et bien dans la veine de ce qu'il fait si bien : verbeux, creusé et en rupture avec ce qu’on peut attendre d’un comics de super-héros.
Voilà pour le trio magique avec un carton plein pour ce combo scénario, dessin et couleurs. Hâte de voir la suite début octobre avec le très alléchant Helen of Wyndhorn ! En attendant je profite encore des sensations de lecture de ce super road trip interplanétaire, peuplé de planètes différentes aux habitants plus flippants et dégueus les uns que les autres !