8
61 critiques
I Want to Believe
Avec des « si », on coupe du boit me rebâchait mon père. Et si donc il était possible de couper bien plus que du bois, mais de mutiler le tissu même de la réalité pour peu qu’un groupe suffisamment...
le 19 mai 2026
Avec des « si », on coupe du boit me rebâchait mon père. Et si donc il était possible de couper bien plus que du bois, mais de mutiler le tissu même de la réalité pour peu qu’un groupe suffisamment important de gens se mettent à croire dur comme fer à la même chose. Voici un monde que James Tynion IV pousse à son paroxysme et dans ses moindres retranchement.
Dans ce second tome aussi bavard que documenté, il est question de revenir sur l’histoire des théories du complot, leur émergence et, bien souvent, les amalgames qui les a vu naître, muter, puis enfler au cour des siècles, jouant au téléphone arabe pour s’imprimer jusqu’à aujourd’hui dans la cervelle d’autant d’individus qui cherchent autant à se définir avant tout par opposition à autre chose, ou à attraper un rêve, une chimère (mais j’y reviendrais plus tard).
Or donc, nouvel opus, nouveau personnage. Nous faisons la rencontre d’un certain Hawk, travaillant pour le Département de la Vérité depuis à peu près le même âge que Lee Harvey Oswald. Les deux ne peuvent pas se piffrer, surtout à cause du caractère disons… irascible et très têtu du premier. Car comment vous présenter le bonhomme avec sa casquette digne d’une campagne de Trump sur la tête ? Disons que Hawk est un magicien, du moins c’est à peu près comme ça qu’il se présente à notre cher héros, Cole Turner (pour rappel). Il sait un paquet de trucs. Assez pour, d’un côté, le foutre dans de beaux draps, et, de l’autre, s’en tirer comme un chef.
A sa manière, il est l’homme aux Hélicoptères Noires, celui qu’on appel quand c’est la merde. Sa spécialité : créer des analogies, établir des liens entre deux choses afin de faire pencher l’imaginaire du peuple à son avantage. Car lorsque des millions de personnes se mettent à utiliser cette même analogie, alors, comme vous l’aurez compris, elle gagne en puissance. A travers leur rencontre, Hawk va lui présenter sa manière de voir les choses (lire : un titanesque exposé sur le pouvoir des symboles et des archétypes).
« Alors dites-moi, c’est quoi la magie, selon vous ? - C’est connaître les raccourcis, tous ces symboles qu’on s’est gravés dans la tête au fil des siècles. Et c’est tenter d’utiliser ces symboles pour mieux comprendre le monde et soi-même. »
De fait, je citais dans ma critique précédent l’ombre du Promethea de Moore, et là on est en plein dedans : des doubles pages en vœux-tu en voilà où Simmonds met sont talent au service d’un compte rendu détaillé de la Grande histoire des complots et de leur engeance. Il est même question de comparer notre cerveau à un « cosmos », et qu’il suffirait d’un peu d’entrainement pour le pousser dans ses retranchements. Mais je m’arrête ici pour la comparaison, vous avez saisi l’idée.
Pour revenir à Hawk, à ses yeux, « La certitude est une drogue. Elle ralentit l’esprit, te fait louper le plus important. » Il n’a de fidélité à aucun parti, si ce n’est le bien des Etats Unis. Plus patriote, tu meurs. C’est ce qui fait son charme et sa dangerosité, son ambivalence, et donc son pouvoir magnétique / la fascination qu’on a à son égard au fil des pages.
Bien entendu, James Tynion ne pouvait s’en empêcher, et dans ce nouvel opus, il nous concocte à nouveau une sorte d’histoire parallèle, une petite parenthèse. Hawk amène Cole Turner chasser un monstre dans les bois et lui fait rencontrer une « chasseuse ». Parce que, nouvelle petite règle dans ce monde, que faire des fantômes, des démons ou des monstres que les gens ou ces milliers de jeunes sur Internet fait circuler de par le monde ? C’est là que rentre en jeu une sous-branche du Département, ses « bureaux locaux » qui constituent sa division cryptozoologique. En gros, ils chassent majoritairement les canulars – comme le Bigfoot.
De nos jours, on a des gamins qui passent leurs nuits sur les réseaux à se monter le bourrichon et à se faire peur à grand renfort d’horreur qui n’en finissent pas de se propager Comme des contes à la veillée, mais partagés par des millions de lecteurs. Soit bien assez pour en manifester certaines dans le monde réel. […] Ce qu’il faut comprendre, l’élément clé, c’est que ces effets secondaires, ils ont tout d’une putain de crise mystique.
Par voie de conséquence, nous plongeons dans l’histoire d’un père de famille relatent sa quête de cet créature mythique en laissant des lettres à son fils. D’abord, il nous conte le récit de son père, celui qui l’a exposé à cette fièvre en l’emmenant un soir sur les traces du monstre. Devant cette empreinte de pas, son sang n’a fait qu’un tour et un sentiment inexplicable l’a touché. C’était comme… comme effleurer quelque chose de merveilleux.
Nous est donc conté la vie de ce pauvre homme, de son enfance à son adolescence à la suite du suicide de son père, de sa rencontre à la Fac avec sa petite amie, de la naissance de ses enfants et de sa vieillesse, tout ceci sous l’égide de sa croisade : voir le Bigfoot. Ainsi, derrière cette marotte (ou folie, c’est selon), James nous offre à caresser l’existence d’un homme qui voyait en ce monstre un enchantement.
Je voulais te montrer à quel point l’univers est immense, étrange et merveilleux, t’apprendre à sortir des schémas que l’école et le gouvernement aimeraient t’imposer.
Au final, comme lui, nous culpabilisons face à un monde qui n’accorde que si peu de valeur aux bribes de magie et d’enchantement à ce qui peut nous entourer. I WANT TO BELIEVE, aurait dit Fox Mulder. Entre ces simili-pages de notes manuscrites, nous ressentons toute la passion de cette vie, de ce chagrin d’avoir perdu ses enfants au prix de sa croyance, mais aussi l’envie que tout ceci n’ait pas été vain. Aussi, lorsque le Bigfoot apparaît, c’est comme si le Christ lui était apparu. Mais voilà : Hawk l’abat pour protéger le monde – encore lui. Puis il s’approche de l’homme et lui dit :
Personne ne vous croira. Vous le savez, pas vrai ? Mais vous saurez aussi, tout au fond de vous, que vous avez trouvé ce que vous cherchiez. Les autres n’ont pas besoin d’y croire. Vous, c’est tout ce qui compte.
De nouveau, le talent de Tynion frappe fort, nous laissant un goût acre dans la tête. Puis, sans transition, nous repartons sur les traces de Black Hat, la société secrète jumelle et antagoniste du Département. Si bien qu’au détour d’une nouvelle mission, Hawk apprend à notre jeune Cole Turner son allégeance à l’ennemi. Ennemi qui lui a donné pour mission de l’amener jusqu’à eux. Cole Turner, qui n’était il y a encore 20 ans qu’un petit garçon qui avait cru voir un démon dans son école mangé des enfants, une histoire que Hawk lui-même, comme nous l’apprendrons dans quelques prologues de chapitres, lui aura mis dans la tête en modifiant subtilement le signal hertzien de sa télé et poussant sa mère à écrire sur son fils contre une belle somme d’argent.
De là est née son monstre. De là s’est-il matérialisé. De là Hawk a changé de camp car trouvé les méthodes du Département trop monstrueuse : laisser ce monstre en liberté aurait provoqué la mort de milliers de chiards. Or, sa chemise semble avoir bien plus que deux faces car, lors du climax, lorsqu’il invite Cole dans son ancienne école, là où tout a commencé, pour rejoindre Harker, il lui avoue avoir 3 options : 1) tuer son monstre et rejoindre Black Hat ; 2) rester fidèle au Département et se faire dévorer ; 3) utiliser son flingue pour lui tirer dessus. Pour quoi faire, s’insurge-t-il ?
Si Hawk lui a fait tout ce laïus et compte rendu sur ses connaissances, ce n’est pas seulement parce qu’il l’aime bien, mais parce qu’il a comme idée de vouloir mettre à la tête du Département de la Vérité un nouveau chef. En venant de trahir Black Hat, qui a un plan encore plus terrible que de sacrifier des enfants (mais qu’il ne nous sera pas encore divulgué), il prévient Cole d’un truc très étrange ayant été commis en 1963 :
Lors de l’assassinat de Kennedy, Lee Harvey Oswald a été immédiatement exfiltré par le Département, mais de l’autre côté il y avait celui qui s’est fait dessouder par Jack Ruby (le tueur d’Oswald), dit-il. L’un des deux Lee bossait pour eux depuis la fin des années 50. Et l’autre n’était qu’une idée, l’archétype nébuleux de l’assassin de l’ombre que la presse adorait présenter. Son avis, c’est que le Département a sauvé le mauvais Lee. Et que celui qui dirige le Département de la Vérité n’a rien d’un homme. Il pense qu’il s’agit plutôt de la personnification de toutes les choses affreuses dont les gens croient le gouvernent capable, le tout enveloppé dans un enrobage humanoïde.
Voilà un joli twist qui nous donne irrémédiablement envie de sauter sur la suite et découvrir le passé du Département. Affaire à suivre...
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes 2022, Une année dans les contrées du 9e Art et 2026 - BD / MANGA
Créée
le 19 mai 2026
Critique lue 2 fois
8
61 critiques
Avec des « si », on coupe du boit me rebâchait mon père. Et si donc il était possible de couper bien plus que du bois, mais de mutiler le tissu même de la réalité pour peu qu’un groupe suffisamment...
le 19 mai 2026
8
61 critiques
Posons d’emblée les faits, The Drama va diviser. D’un côté, il y aura ceux qui se délectent de voir un couple aussi mythique battre de l’aile sur grand écran, qui apprécieront le plot et sa gestion...
le 2 avr. 2026
7
61 critiques
C'est peu dire que je l'attendais comme le Messie. Avec un pitch pareil et la solide réputation glanée en festival, les promesses étaient plus qu'alléchantes. Pendant plus de trois mois, le film...
le 28 août 2025
8
61 critiques
Revu lors de la ressortie au cinéma fin août 2025 :Je l'avais découvert il y a longtemps sur une vieille télé en passant totalement à côté. Mais en le revoyant hier au cinéma, c'est là que j'ai enfin...
le 29 août 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème