Premier tome de ce second chapitre qui nous propulse au bord de la mer, dans un décors plus européen (sous l'impulsion d'Alvaro), pour faire la rencontre de 10 nouveaux résidents + un nouveau Walter : Max. Un versant plus froid et pragmatique de notre pervers narcissique préféré.
Ici, pas question de réunir un groupe d’amis pour les sauver de l’inévitable fin du monde prévu, mais au contraire se conformer au plan initial de ces mystérieux E.T. : sélectionner la crème de la crème, des êtres exceptionnels (composer l’arche de Noé ultime).
Avec ce nouveau postulat, un schisme se forge et vient poser une question qui démange les méninges du lecteur : vont-ils se réunir ou bien s'entretuer ? Et si la deuxième option est votée, qu’est-ce qui est le plus fort : l’amitié de longue haleine ou l’intelligence brute ?
Encore une fois, James Tynion IV se surpasse dans son écriture. Bien que moins rythmé que les 2 précédents volumes, l’horreur lui sert toujours de scalpel pour déchirer les valeurs de ses protagonistes, en fouiller la psyché, autopsier nos angoisses et nos interactions avec un oeil de sociologue particulièrement doué.
A l'intérieur de ce chapitre, on creuse encore dans le passé de notre premier groupe pour soutirer toute la sève de leur relation et intimité. Le côté teenage et portrait intime disséminé encore et toujours par ces passages chapardés dans des messages, des blogs, des bloc notes, ou fil d'actualité Twitter... décuplent l'immersion.
Les personnages commencent doucement à gagner en relief et s'immiscer dans mon coeur. Rien que la liaison entre Norah (anciennement Norm) et Max, et les conséquences de leur rupture m'a beaucoup ému. James creuse méticuleusement cette thématique de l'amitié et les rapports de force / possession qui peuvent en découler. Walter (son alter-ego), l'aide bien, m'est avis.
Un concept qui déplie sa dimension très humaine et attachante avec une mécanique d’écriture efficace et accrocheur dans la veine de Lost, toujours. Et c'est que j'adore clairement chez cet auteur, c’est que ses références sont là, bien visibles, il ne cherche pas à les planquer. Il se les réapproprie complètement. Il leur taille un nouveau costume, leur injecte une énergie différente, quelque chose de très personnel. Tu reconnais les influences, mais tu sens surtout sa voix à lui. Et ça force le respect. Des auteurs qui arrivent à mettre autant d’eux-mêmes dans leurs histoires sans jamais tomber dans le ridicule ou l'excès, c'est fort.
Franchement, je crois que j’étais passé bien à côté de toute la profondeur de cette saga lors de la sortie du premier tome, faute à une lecture trop rapide et mal digérée. Celle-ci, en revanche, m’a donné envie de rebrousser chemin, analyser et décrypter tous les indices de cette mystery box. Profiter du talent de conteur de James et de la fraicheur des dessins d'Alvaro.