The Painted crime
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The Painted crime

BD (divers) de Stefano Martino (2026)

Quand le scénario se met au service du dessin : un bel hommage au cinéma noir des années 40-50

Un album aux dessins superbes qui nous ramène à l'époque où Los Angeles brillait aux lumières d'Hollywood pour faire oublier la noirceur de la pègre. Au temps des polars peuplés de détectives privés, jolies pépées et belles autos.


L'italien Stefano Martino s'évade de son habituel univers de fantasy pour un très bel hommage aux polars hard-boiled des années passées.

The painted crime nous ramène au mythe originel de la Cité des Anges.


Comme il se doit dans tout bon film noir de la fin des années 40, Peter Graham est un "privé".

Mais c'est un gars abîmé par ce qu'il a vécu de la guerre en Europe où il a perdu beaucoup de ses amis.

Peter essaie d'arrêter l'alcool (comme tous les détectives ?) mais c'est aussi un peintre amateur à ses heures.

« C'était l'un des effets secondaires de mon travail. Être confronté à des trahisons et des crimes ne donne pas envie de croire en l'être humain. »

Pour honorer la mémoire d'un camarade tombé au combat en Europe, il va se fourvoyer dans une situation périlleuse (un sacré merdier en fait !) où l'on découvrira les dessous peu reluisants des studios d'Hollywood. Epstein avant l'heure ?

Heureusement, il lui reste encore un soutien : son ami Jonathan est journaliste au L.A. Times.


Depuis quelques années, la bande dessinée nous aura fait redécouvrir le noir et blanc.

Et dans toutes ses variations. Les grands aplats de Manu Larcenet, les gris gothiques des frères Brizzi, les dégradés de Frédéric Bézian, les contrastes de Christophe Chabouté, ... pour ne citer que quelques uns des plus emblématiques mais il y'en a tout plein d'autres et c'est toujours une nouvelle découverte : à chaque fois la magie opère et on se demanderait presque comment ou pourquoi revenir à la couleur.

Un peu comme lorsqu'on redécouvre certains vieux films avec un délicieux noir & blanc qui nous parait, paradoxalement, plus "naturel" que le technicolor d'aujourd'hui.


Il sera d'ailleurs beaucoup question de cinéma dans cet album.

Avec d'abord cette couverture en guise d'affiche d'époque, avec l'intrigue ensuite qui prend place autour des studios d'Hollywood mais surtout pour le dessin et la mise en page où l'auteur affirme clairement sa passion pour le 7ème art : cadrage, champ et contre-champ, plongée et contre-plongée, panoramique, gros plans sur les visages des "acteurs", toute la grammaire du cinéma est là et on a rendez-vous dans une salle obscure : on s'y croit vraiment.

Dans sa postface, Stefano Martino nous révèle que cet amour du cinéma lui a été transmis par son père.


L'auteur nous dit également avoir réalisé un gros travail de documentation pour reconstituer les rues, les bâtiments, les costumes, les voitures, des années 40-50.

Il s'est toutefois permis quelques libertés historiques comme ce couple mixte en noir et blanc (ah, ah) chose impensable à l'époque où les blacks n'avaient pas encore leur place, même au retour de la guerre.


Le dessin précis, soigné, détaillé, donne un style très photographique (et il sera également question de photos dans cette histoire).

Avec Martino, même les gris viennent rehausser le noir et les planches sous la pluie ou la neige (oui, il a neigé à L.A. en janvier 49 !) sont tout simplement superbes.

C'est un bel objet à feuilleter de temps à autre, comme on regarde de vieux albums photos, et l'on se dit même que, pour une fois, c'est le scénario qui est au service du dessin.


Les nombreux cartouches narratifs (c'est Peter, narrateur autodiégétique, qui raconte à la première personne) imitent la typographie d'une vieille machine à écrire, comme dans un tapuscrit de roman d'époque. C'est pas idéal pour la lecture mais c'est parfait pour créer l'ambiance !

Avec des trucs du genre « l'air de la morgue nous accueillit de son étreinte glaciale » humm, on en redemande !

BMR
9
Écrit par

Créée

le 17 mars 2026

Critique lue 1 fois

Bruno Menetrier

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