Les Enfants Perdus quittent le Pays Imaginaire

Viens Emma, au Pays Imaginaire !


Difficile de ne pas avoir entendu parler de The Promised Neverland, shonen à succès dont j'ai tant entendu les louanges que j'ai fini par rattraper mon retard jusqu'à attendre chaque semaine le nouveau chapitre. Si je ne crie pas au chef d'oeuvre (avec le temps c'est une expression que j'utilise de moins en moins) ce manga possède de nombreuses qualités et a se conclure proprement. Un constat qui fait plaisir à voir comparé à une époque où le Jump menait une pression sur les auteurs, quitte à conclure brutalement le manga par manque de succès (coucou Shaman King).


Gracefield House a tout de l'orphelinat parfait : les enfants y sont choyés par Mama, tenancière des lieux, bergère veillant sur son troupeau, la nourriture ne manque jamais et les résidents peuventt profiter d'une vaste liberté. La seule limite réside en un portail à ne pas franchir. Cette vie monotone mais heureuse est ponctuée des départs des orphelins adoptés. Le manga nous présente un trio de tête avec Emma boule de positivisme considérant tous les orphelins comme sa famille, Ray le distant presque froid (mais qui ne tombe pas dans le piège du Sasuke bis) et Norman la tête pensante.


Alors qu'une des orphelines a été adopté, Emma découvre qu'elle a laissé derrière elle sa peluche préférée. Accompagnée de Norman, elle va passer le portail pour rendre son bien à la petite... et découvrir la première pièce du puzzle qui compose le secret de Gracefield House.


L'orphelinat n'est autre qu'une ferme où les enfants sont élevés afin de nourrir des démons. Chaque enquête du trio va permettre de révéler un nouveau élément, attisant l'angoisse des personnages. Si les enfants subissent des examens testant leurs réflexes cognitifs et leur intelligence, c'est pour constater si leur cerveau est "à point" pour la consommation, certains démons étant privilégiés pour la chair de qualité. Ceux n'arrivant pas à obtenir d'excellents résultats sont "adoptés" plus tôt.


Le premier arc du manga va ainsi se concentrer sur la fuite de Gracefield House. Loin d'être dupe, Mama va exercer sa pression sur le trio et les autres orphelins qui vont rejoindre leur plan. Même après la conclusion du manga, Mama Isabella demeure mon personnage favori. Durant ce premier arc, elle a tout de l’antagoniste oppressant d'autant plus qu'elle passe du rôle de la douce mère à celle de la geôlière, posant des questions à ses protégés, dévoilant ses outils qui lui servent à contrôler l'orphelinat pour mieux asseoir sa domination.


On rentre dans les détails : ça spoile !


La découverte de son passé distille de l'empathie à ce protagoniste : si on peut critiquer son comportement, on peut aussi comprendre ce qui l'a amené à diriger Gracefield. Tout comme les enfants, elle ne cherche qu'à survivre quitte à réaliser des actions peu recommandables. Ce qui rend d'autant plus Isabella touchante est de découvrir qu'elle adore véritablement ses enfants. Ironie du sort : Ray n'est autre que son propre fils. Comme toutes les autres femmes destinées à travailler dans les orphelinats, Mama a dû donner naissance. Double ironie : si Mama n'a pas conscience que Ray est son enfant, c'est lui qui lui fournit les clés de l'énigme. Se souvenant de tout ce qu'il a entendu depuis le ventre de sa mère, l'enfant fredonne une comptine... chanson qu'Isabella tient du seul garçon dont elle est tombée amoureuse du temps où elle était elle-même orpheline.


L'échange entre Ray et Isabella à cet instant est l'un de ces moments où auteur et dessinateur ont su créer des cases où l'émotion est palpable. On retrouve cette même sensation avec la mort de Soeur Krone : le gigantisme du démon comparé à l'humaine rend l'instant encore plus cruel.


L'évasion réussie (du moins en partie, les plus jeunes ne pouvant être emmenés et Norman vendu aux démons) la petite troupe part en quête de Goldy Pond, un endroit censé être un refuge. Cette rumeur se base sur les indices laissés par un certain Minerva, un individu qui semble être un allié. Les évadés trouveront un bunker sur leur chemin où le plus gros de la troupe se réfugiera aux côtés d'un adulte, ultime survivant d'une troupe d'évadés (et accusant un sacré stress post-traumatique). Quant à Goldy Pond, il se révéléra être un terrain de chasse où des démons parquent des humains. Le lieu a des allures de fête foraine se muant en film d'horreur lorsque la chasse est lancée. L'action prime davantage tout en introduisant de nouveaux personnages qui viendront rejoindre la troupe.


Chaque avancée des orphelins sera l'occasion d'étayer l'univers de The Promised Neverland, ainsi que d'en dévoiler davantage sur les démons. Loin d'être de vulgaires bêtes assoiffées de viandes, ce sont des êtres obéissant à des règles, une société et même une royauté. Si les orphelinats sont des fermes, d'autres endroits sont bien pires comme ceux où les enfants sont immobilisés et engraissés.


Réflexions sur la société actuelle


Critique directe de notre mode de consommation ? Pour ma part, oui. Les orphelinats ne sont autre que nos fermes à ciel ouvert tandis que celle où se retrouve Norman (et oui il n'était pas mort !) est un écho direct à ces entrepôts où l'on parque les animaux, engraissés et ne pouvant pas bouger, ni voir la lumière du jour. Si des enfants arrivent à s'enfuir de ces fermes, ils subissent de plein fouet de graves lésions neurologiques et doivent constamment prendre des médicaments tout en sachant très bien que, suite aux expériences faites sur eux, leur durée de vie est minimisée.


Peut-on dire que The Promised Neverland prône le véganisme ? La question peut se poser puisqu'il est possible aux démons de vivre sans manger de viande. L'une d'elles, unique survivante d'une dynastie particulière, possède un sang qui, contre une simple goutte, permet à un démon de ne plus avoir à se nourrir de viande. Les démons les plus nobles, dont la reine, ont sciemment détruit cette lignée pour user des fermes comme pression sur la population.


Le lobby des industries, leur utilisation pour dominer la société : The Promised Neverland n'est pas dénuée de réflexions sur notre propre société (on se rappelle tous du tag sur le Covid-19). Si dans son avancée le manga est parfois cahoteux et certaines résolutions rapidement élucidées (comme la révolte des démons qui est calmée par un antagoniste que je n'aurais absolument pas pu deviné !) il possède de très bonnes idées et des réflexions qui méritent qu'on le lise. Le plus dur est de se dire que, oui, ce sont des enfants mais des génies ce qui permet d'expliquer leurs réflexions très poussées et des actions parfois alambiquées.


The Promised Neverland se permet même une fin douce-amère sobre mais qui conclut le manga sans l'éterniser. Je craignais que le sacrifice demandé à Emma soit minime, ou résolu par le pouvoir de l'amitié mais non. Elle a perdu sa famille, plus exactement tous les souvenirs qu'elle en avait, la poussant à se créer ainsi une nouvelle vie. Si sa famille la retrouve et souffre qu'elle ne les reconnaisse plus, les orphelins peuvent renouer avec Emma d'une autre manière.


Avec l'anime en cours et les films live en préparation, on va encore entendre parler de cette série pendant un moment.

So-chan
8
Écrit par

Créée

le 12 août 2020

Critique lue 178 fois

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