Troisième tome remarquable.
Après l'élection du nouveau président, on glisse dans quelque chose de plus sombre et de plus désespéré. La machine stato-policière se referme sur Spider Jerusalem et sur la "nouvelle racaille", la jeunesse contestataire.
Là où les deux premiers tomes jouaient la carte de la satire de la vie politique, une permanente exagération des jeux politiciens, du journalisme-spectacle, les la démesure outrancière de la ville, ce troisième tome propose quelque chose de plus noir, parce que plus crédible.
Force est de constater que ça tape un peu trop près de la réalité. La répression policière, les caméras qui arrêtent commodément de fonctionner au moment où la police fait usage de la force, la censure de la critique journalistique… Le comics d'Ellis sonne juste et par trop actuel, mais c'est aussi ce qui fait son intérêt et le rend si dérangeant et puissant.
Dans les premiers tomes, le côté contestataire de Transmetropolitan était surtout esthétique : une critique vide et presque vaine dans un habit punk et outrancier.
Ici l'outrance laisse place à une noirceur toute politique et sociale qui donne enfin un vrai poids au récit.
Darick Robertson est égal à lui-même. Il a un trait difficile à définir. Un peu cartoon, rond, il colle bien à l'univers cyberpunk de Transmetropolitan, une SF rétro avec un accent sur le grotesque de la ville et de ses habitants. Les planches sont denses, parfois même surchargées de détails. C'est la mise en scène du chaos politique et social que les personnages traversent. Son style donne corps à l'absurde du scénario d'Ellis, créant un monde fascinant et inquiétant.
Ce Transmetropolitan : Année 3 est une rupture dans la série que la suite, j'espère, viendra prolonger. On n'a jamais aussi bien senti les enjeux, ce qui rend la fin du tome vraiment jubilatoire.