Je dois dire que je suis extrêmement surpris. J'ai acheté ça pensant offrir une saine lecture abrutissant à l'instar de Titeuf à mes élèves, mais en fait non. Alors oui c'est pour les adultes, mais je pensais quand même y trouver quelque chose de potache, d'un peu idiot. En fait là rien que le sujet est très sérieux, celui de dédier sa vie entière à Dieu.
On a donc un moine qui quitte pour la première fois son monastère depuis plusieurs décennies pour aller percevoir un héritage qui permettra de réparer une partie de l'abbaye où il vit.
Et forcément il rencontre une femme. C'est bien une femme. L'histoire est toute simple, mais vu la radicalité du personnage principal et de sa vie et de l'autre côté cette jeune femme qui va mourir, Zep arrive à développer quelque chose de vrai tout en osant aller plus loin que le simple mélodrame. Certes finalement la résolution est assez convenue, mais ça fonctionne parce qu'il y a réellement un drame qui se crée.
La BD s'agence très bien entre les analepses, les moments tendres, les moments tristes, mais aussi ceux qui sont neutres, comme la vie neutre qu'a décidé de vivre le héros, loin du bruit et de la fureur.
Il y a un peu d'humour, mais l'humour est présent parce que les personnages font des choses drôles, ou du moins cocasses. Je pense à l'héritage que laisse à la tante à ce pauvre moine. Je dois avouer que c'est bien trouvé et que je n'aurais pas fait mieux. J'y penserais si mes enfants deviennent prêtres ou moines.
Zep arrive à créer une alchimie certaine entre les personnages qui fait qu'on est porté par le tragique de cette histoire et de cette rencontre fortuite et improbable.
Reste que j'ai trouvé la fin très belle, sauf peut-être les deux ou trois dernières planches dont la portée métaphysique viennent un peu gâcher le côté très terre à terre du reste et qui faisait sa beauté. C'est-à-dire faire le pari pascalien, donner sa vie à Dieu sans savoir s'il existe réellement.