William est un chartreux comme on n'en fait plus. Voilà vingt ans que ce moine s'est emmuré dans le silence d'une cellule, mort à ce monde, à sa famille, même, répétant inlassablement les mêmes journées, les mêmes prières. Rien de surprenant à ce qu'il ne s'émeuve pas trop d'un héritage. Oui mais, un monastère qui tombe en ruine, ça émeut l'Ordre. Manque de pot, la vieille tante qui a passé l'arme à gauche exige par testament que William se rende en personne chez le notaire.
Paris, les lueurs violettes de l'aube, le doux clapotis d'une Seine où l'on se baigne (!), une femme. La couverture énigmatique de ce second album de Zep destiné aux adultes fait une promesse que les pages intérieures me semblent tenir. Graphiquement, le père de Titeuf a bien progressé depuis Une Histoire d'hommes, qui pouvait paraître inégal selon les cases. William est un personnage qui existe, un cinquantenaire séduisant qui traverse ses moments de doute et échange avec les autres après vingt ans de mutisme. Il évoque le Sean Connery du Nom de la rose, le thriller en moins. Dans Un bruit étrange et beau, de la contemplation, des couleurs monochromatiques, un rythme qui accélère progressivement. Trop, peut-être ? Au risque d'y perdre en crédibilité. La fin m'a parue un peu attendue, mais le chemin valait tout de même le détour.