Under Ninja
7.3
Under Ninja

Manga de Kengo Hanazawa (2018)

Avis de lecture jusqu’au tome 13

C'est la première fois que je m’aventure chez Kengo Hanazawa et je dois dire que je suis plus qu’agréablement surpris, c’est une de mes meilleures lectures de ces dernières années.

Je connaissais déjà l’auteur de réputation pour I am a Hero mais vraiment ce style de manga c’était pas vraiment ma came : le chara design réaliste et les décors photographiques traités numériquement sont les deux points qui m’ont toujours freiné.


Evidemment l’on retrouve ces deux caractéristiques ici mais en faisant fi de mes craintes et après un tome 1 pour prendre la température j’ai carrément englouti les 13 tomes dans un laps de temps record, c'est d’ailleurs la première fois que j’enchaîne une lecture aussi rapidement.


Des le premier tome l’on constate que l'on est en présence d’un Mangaka qui traite de l’univers des Ninjas de façon inhabituelle.

Unité de lieu délimitée a une Ville > Quartier et Résidence populaire même si le manga commence sur les chapeaux de roues avec une opération sur un sol étranger mais ce n’est que pour mieux nous berner par la suite.

Le protagonistes et les divers personnages qui gravitent autour de lui ont tout sauf la gueule de l’assassin de l’ombre, chômeur ou plutôt branleur de première côtoie hôtesse de bar, livreur UPS ou le cinglé du parc proposant ses lolos aux gosses du coin etc….

La liste ne cessera de s’agrandir et se diversifier avec des gueules qui ont toujours moins la gueule de l’emploi que le précédent.

Difficile de s'attacher à ce personnage principal qui aurait presque les attributs d’un Hikkikomori, qui se pare d’un flegme constant et d’un détachement total a tout ce qui l’entoure et surtout Ninja il a beau prétendre être difficile de l'imaginer foutre un pied en dehors de son quartier au au moins aller plus loin que l’entrée de sa résidence.

Non vraiment ce n’est pas l’image que l’on imagine d’un personnage principale d’une oeuvre s’étalant sur plus de 10 volumes.


À la place dune histoire épique de Ninja l’on a une galerie de personnages marginaux et surtout une bonne dose d’humour traitée avec tellement de sérieux que le lecteur a du mal à prendre position. Comique de situation, quiproquo et humour typiquement Japonais animeront une bonne partie de ce Under Ninja, l’univers lui se dévoilera a petit feu, sans précipitation toujours au détour de situations absurdes et de personnages inqualifiables.

J’ai beaucoup accroché a cet humour Japonais « pince sans rire » ou malgré l’invraisemblance de la situation les personnages prennent ça avec un sérieux des plus professionnel, limite administratif.

Perso ayant visionner récemment Hana-bi et Sonatine de Kitano
impossible de ne pas faire le lien : c’est clairement un humour hérité du Manzai façon Hanazawa surtout qu’il implique souvent deux personnages, l’un qui raconte son expérience abracadabrante qui ne peut pas faire sens et l’autre qui gobe ça et entre dans le jeu de son comparse, le lecteur lui aussi ne peut que y croire finalement.

L’allusion, l’anecdote la plus grotesque détourne le lecteur de l’histoire pour mieux l’y rediriger par la suite et être une composante de plus a une société Ninja difficile a prendre au sérieux et pourtant… pour être capable de mettre sur pied un univers aussi crédible vu les éléments qui le compose, le Mangaka est un super scénariste.


Les Ninjas rendent l’impossible possible, Kengo Hanazawa lui la moindre connerie, la situation la plus incongrue crédible même quand il s’agit d’humour graveleux en dessous de la ceinture (le pic étant le tome 9…)


Quid des personnages? C’est peut être moi mais aucun personnage de la classe des Ninjas n’a mon affection. Pas étonnant ils sont a l’image de cette organisation aliénante et cynique qui conditionne de futurs Shinobis des leur plus jeune âge. Nous sommes dans l’imagerie initiée par des mangas comme Kamui Den ou Azumi : baigner dans une violence ascétique dont le degrés de servitude et d’aliénation dépend du niveau hiérarchique dans lequel on se trouve : Le passage sur l’entraînement des Kunoichi (femmes Ninjas) est bien choquant tout en faisant malheureusement sens dans l’univers du mangaka.

On le constate notamment lorsque des personnages censés être importants ou considérer comme des légendes ont aussi peu de chance de survis que n’importe qui d’autre et peuvent mourir dans l’indifférence la plus totale (parfois même en hors champ).

Alors à qui se raccrocher dans cet univers déshumanisé ? Bah aux personnages secondaires et notamment ceux qui vivent dans la résidence : Une petite fille maltraitée, une hôtesse de bar, une jeune étudiante etc… attention certains sont aussi perchés et ne s’étonnent de rien mais le moindre geste, la moindre attention humaine, sensibilité aussi basique ou insignifiante soit elle raccroche le lecteur a une réalité ou la philanthropie (aussi spéciale soit elle) y a encore sa place.

Un personnage qui rougit de gêne je m'en amourache, une jeune fille qui fait une demande incroyable à des personnages douteux dans le tome 13 je craque, l’hôtesse Kawado elle, est le maillon principale qui unit tous les habitants de la résidence, cette dernière qui est aussi un personnage a part entière, son contenu est mystérieux, vide mais plein de vie a la fois.


Un dernier mot sur le visuel et notamment les séquences d’action, les cases sont privées de tout élément superflus, en moyenne une scène d’action classique chez Hanazawa ne demande que 3 ou 4 cases par page, les cases sont grosses, l’action y est claire et l’enchaînement est tellement limpide qu’on ne prendrait même pas le temps de s’y attarder : on a déjà tourné une dizaine de pages sans s’en apercevoir.

Pourtant sa mise en page est variée :

-Gaufrier lors d’une scène de parcours pour isoler chaque mouvement du personnage

-Sur-decoupage en 3 cases horizontales (pour avoir jeter un oeil à I am a Hero ça serait la signature du Mangaka) avec 2 cases qui détails l’action en cours par exemple, une blessure qui apparaît au cou d’un personnage et tête qui tombe dans le suivant, dernière case sur la réaction des personnages.

-Double page avec un effet chronophotographique qui immortalise les mouvements clefs du combattant vous savez comme une succession de photographies qui décompose chronologiquement les phases d’un mouvement en une seule image

-Double page avec le debut du mouvement, pages suivantes avec des petites cases détaillant les petites actions (défense, réaction etc..) pour ensuite finir le mouvement sur une seconde et dernière double page. Modernisation d’une technique de décomposition de l’action mise en branle par Tezuka début des années 70.


Entre autres outils qui m’ont marqué.


Voila super manga qui garde encore son lot de surprises et mystères sous le coude. J’espère que l’auteur va quand même ménagé mes personnages favoris….

HuangFeihong
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 14 mars 2026

Critique lue 15 fois

HuangFeihong

Écrit par

Critique lue 15 fois

D'autres avis sur Under Ninja

Under Ninja

Under Ninja

9

HuangFeihong

129 critiques

Critique de Under Ninja par HuangFeihong

Avis de lecture jusqu’au tome 13C'est la première fois que je m’aventure chez Kengo Hanazawa et je dois dire que je suis plus qu’agréablement surpris, c’est une de mes meilleures lectures de ces...

le 14 mars 2026

Du même critique

Chainsaw Man - Le Film : L'arc de Reze

Chainsaw Man - Le Film : L'arc de Reze

9

HuangFeihong

129 critiques

Critique de Chainsaw Man - Le Film : L'arc de Reze par HuangFeihong

Bon bah Mea culpa Mappa !Là avec cette adaptation le studio n'a pas usurpé sa réputation...Il y a deux parties bien distincts :Une première axée tranche de vie qui doit quand même beaucoup à la plume...

le 19 oct. 2025

Iphigénie

Iphigénie

10

HuangFeihong

129 critiques

Ma révélation cinéphilique.

Je me demande vraiment si ce n'est pas le film que j'attends depuis le début de ma cinéphilie. Je veux dire là j'ai quand même eu un vrai déclic en le voyant, ça me fait tout drôle, mais je pense...

le 26 avr. 2016

L'Habitant de l'infini

L'Habitant de l'infini

10

HuangFeihong

129 critiques

Il a pas toute sa tête le Samura

L'habitant de l'infini est un manga qui ne cesse de naviguer entre deux extrémités du début à la fin. L'auteur est capable de faire preuve d'un très grand raffinement, d'un trait à l'érotisme soft,...

le 28 févr. 2015