Ce deuxième tome s’attache maintenant au voyage et à ses conséquences. Jim décentre le point de vue pour l’élargir aux dommages collatéraux de l’amour de Raphaël et Marie. Un jeu de contraste tient le récit de cette parenthèse hors du temps aux ravages et collisions qu’elle engendre autour d’eux.
Il y a la poésie mélancolique de l’escapade, l’imbécile jouvence éphémère.
« Cette espèce de stupeur devant l’étrangeté de l’existence », Jean Starobinski
Un hors du temps géré sur le rythme doux et langoureux de l’oubli. Le dessin continue d’être inspiré lors d’une séquence de sexe, des ouvertures de bouches aux crispations de main sur les draps, en passant par les regards, Milo Manara est ici honoré. Mais le dessin continue aussi d’être rehaussé par un superbe travail des couleurs, et un jeu intelligent sur les contrastes de lumières. Et l’album est par moments une très belle visite de Rome, furtive mais plaisante.
« Profite. Ça ne durera pas. »
La parenthèse se referme, chacun retourner à sa vie. Un suicide, un retour. Des vies dévastées, puis le temps. Jim a su saisir avec simplicité certaines complexités de l’esprit, l’élan irraisonné et déraisonnable de l’amour autant que sa vivace nécessité, malgré les douleurs promises. L’oubli et l’aveuglement tout autant que le sublime instantané. Raphaël vit et meurt d’espoirs et de regrets. Restent les blessures musicales, les souvenirs quand il ferme les yeux.
Une belle et complexe idée de l’amour sur une belle dernière page.
Matthieu Marsan-Bacheré