Une sœur
7.1
Une sœur

Roman graphique de Bastien Vivès (2017)

Si Petit Paul semble être devenu un point de rupture, Une soeur jouit d'une validation totale comme sa note le confirme. Somme toute car le parcours émotionnel est considérablement exploité et mis en avant, que l'oeuvre a une saveur proche de ce que "le bleu est une couleur chaude" (ou la vie d'adèle pour son pendant cinématographique) mettait en avant (ce côté romance de l'instant présent), et que le caractère juvénile de ses protagonistes est justement la base de ce qui est sensé être un mélange de sincérité, de candeur, de naïveté... Tout ce qui fait la base d'une oeuvre fantastiquement émotionnelle car elle est basée sur notre nostalgie d'adulte rêvant à ces belles années d'enfance ou d'adolescence aujourd'hui révolues.

C'est probablement ce brin de nostalgie qui m'a emporté dans le récit. Des rabatteurs m'avaient vendu le côté sulfureux de l'oeuvre, mais il est évident qu'une sincérité émotionnelle habille l'ensemble. Cela fait mieux passer les scènes de tripotage, de pipe et autres éveils du désir adolescent. Car c'est sur ce terrain que l'oeuvre commence à chercher ses galons dans la rugosité. Où on flirte avec la pornographie infantile (sans aller toutefois au niveau d'un druuna ou autres oeuvres volontairement débauchées, on reste dans de l'adolescence très érotisée), dans un contexte complètement fictionnel et clairement pas à destination d'un public en jeune âge. La polémique qui l'entoure semble classer cette oeuvre davantage vers la Maladolescenza, à mi chemin entre un Call me by your name complètement aseptisé et un Boku no pico (sur lequel nous ne nous étendrons pas). Cela reste trop maniéré pour être taxé de pornographique, mais sans éluder ce qui fait le trouble d'un tel sujet (à l'inverse par exemple d'une adaptation filmique de Let the right one in qui asexualisait sa romance entre un vampire enfant et le protagoniste de 12 ans, alors que le livre exploitait davantage cette ambiguité). Le public se retrouve donc un peu pris en étau devant le chemin si sensible et la destination (plusieurs scènes à caractère sexuel évident). C'est probablement ce mélange des deux, cette propension à manier la nostalgie, et sans doute aussi cette part de fantasme qui se mêle dans les souvenirs que nous idéalisons qui finit par séduire au delà de l'auréole soufrée. Il y a surement un bout de vacance dans cet ouvrage qui nous aura rappelé tel été, tel désir, tel instant. Assez sincèrement pour avoir fait oublié tout le reste pendant quelques instants. A ce stade, on est plus proche d'un plaisir coupable que d'une oeuvre édifiante sur l'adolescence, dans un modèle plutôt raffiné qui risque d'en convaincre beaucoup. Un "succès" qui semble finalement mérité, tant qu'on ne va pas trop gratter là où ça démange.

Voracinéphile
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le 30 mai 2023

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